Le 47 rue de Seine, la maison des peintres

Le 47 rue de Seine

En flânant rue de Seine et en arrivant au coin de la rue Jacques Callot, on peut contempler un petit immeuble dont la façade sur la rue est en pierre de taille qui fut vraisemblablement reconstruite sous la monarchie de Juillet. Deux figurines, l’une d’un homme et l’autre d’une femme, en surgissent à la hauteur du second étage. Elles se regardent et semblent nous défier de trouver qui elles cachent. Sont-ce des descendants de la fameuse famille de peintres du nom de Elle dit Ferdinand qui en ont été propriétaires pendant plusieurs générations ?  Ou des anonymes ?

Sa façade sur la rue de Seine fut tronquée lors du percement de la rue Jacques Callot 

Tant de personnes se sont succédées au cours des siècles depuis 1540 : procureur au Parlement, avocat, apothicaires, peintre, encore et toujours des peintres puisque les derniers connus furent Desbrosses et Chintreuil !

1531-1543- Gilles Le Maistre

C’est vers 1530 que l’abbé de Saint-Germain-des-Prés décida de lotir et bailler à cens (c-à-d moyennant une redevance foncière) et rente la terres comprise entre le 53 de la rue de Seine et les quais afin d’améliorer ses finances.

La candidature d’un certain Gilles Le Maistre remporta les suffrages de l’abbé parce qu’il avait une excellente réputation. Marié depuis 1525 à Marie Sapin, fille d’un receveur général des finances en Languedoc, il avait cinq enfants et était à cette époque simple conseiller au Parlement mais était promis à un brillant avenir puisque François Ier le fit son avocat général en 1540. Dix ans après Henri II le pourvut de l’office de quatrième président puis en 1551 de premier président. Sa réputation de bon catholique, en ces temps où la Réforme progressait, fut aussi un excellent atout aux yeux de l’abbé de Saint-Germain-des-Prés. 

L’achat fut donc conclu entre l’abbaye et Gilles Le Maistre moyennant une redevance annuelle de 4 sols parisis de cens.

Cependant quand il constata que sur ses 5 arpents et un quartier de terre, le cardinal de Tournon, abbé de Saint-Germain avait fait élargir à son détriment le chemin des fossés de la ville[1], qu’il avait aussi baillé une portion de sa terre à un certain Nicolas Grandval, il fut très en colère et porta l’affaire aux Requêtes du Palais où il obtint une juste compensation. Le cardinal finit par lui donner, à regret, un arpent et demi de terrain en bordure de la rue de Seine et le long du petit Pré aux Clercs, c’est-à-dire du côté ouest de la rue. L’accord fut signé le 25 septembre 1538 devant les notaires Bastonneau et Maupéou[2].

L’affaire enfin réglée, Gilles Le Maistre se mit à l’ouvrage, un ouvrage très fructueux puisqu’il lotit son terrain en bandes parallèles et les bailla à des particuliers moyennant rente annuelle et perpétuelle. Celle qui nous intéresse fut baillée à rente par Gilles Le Maistre à Me Claude André, procureur en Parlement. Le contrat fut signé le premier août 1541 devant Me Bastonneau et Maupéou, notaires habituels du  futur premier président.

Bail par G. Le Maistre à C.André

 1541-1579 . La famille André

La pièce de terre baillée par Gilles Le Maistre s’étendait sur 8 toises de large et 32 toises et demie de long 1 et occupait alors les emplacements des actuels 47 et 49 rue de Seine. Me Claude André devait verser à Gilles Le Maistre une rente foncière de 12 livres 10 sols dont la moitié en était rachetable et l’autre moitié annuelle et perpétuelle. Le preneur s’engageait à clore de murailles le terrain, y bâtir une maison « manable» (habitable) dans les deux ans. En cas de non-paiement pendant deux ans, Gilles Le Maistre reprenait son bien sans autre forme de procès. Il devait en outre payer à l’abbé de Saint-Germain-des-Prés le cens. Il ne pouvait renoncer à son bail d’héritages tant qu’il n’avait pas bâti et racheté la moitié de la rente. On le voit, les conditions étaient très sévères

Sept mois plus tard, Claude André commandait à Jean Tessus, maçon, les murailles exigées. Elles étaient fort hautes puisqu’elles mesuraient 9 pieds de hauteur sur une vingtaine de pouces d’épaisseur 2, en moellons maçonnés. Un voisin venait de s’installer à gauche et avait fait construire un jeu de paume. Il s’agissait de Jean Lescailler. L’autre côté n’était pas encore baillé. 

Extrait de l’acte André/Tessus

En 1557, il loua la maison qu’il avait fait construire à Nicole Mallot qui était avocat au Parlement pour 120 livres par an, ce qui était peu3. Les lieux contenaient maison, jardin, aisances et appartenances. Il était convenu entre les parties que si Claude André était délogé de l’hôtel de Nesle qu’il habitait encore avec sa famille, le preneur serait tenu « de vuider » la maison. 

Claude André était marié à Marguerite Marteau dont il avait eu Claude le jeune en 1540, Jean en 1545, Louis en 1547, Marie en 1549, Philippe en 1551 et enfin François en 1552. Hélas, alors qu’ils habitaient encore l’hôtel du Grand Nesle, il perdit sa femme le 4 février 1555. Sa nombreuse famille dont l’aîné avait 15 ans et le plus jeune 3 ans nécessitait des soins attentifs. Il se remaria sans attendre avec Catherine Charmolue qui était veuve.

Claude André était un homme très riche comme en témoigne l’inventaire qui fut fait après son décès qui indique qu’il avait plusieurs serviteurs et chambrières, une argenterie fort conséquente, de nombreux  biens à Aulnay, Châtenay, Monfort, de nombreuses rentes et créances. Il mourut le 7 mars 1567 en son hôtel de la rue de Seine. Le 13 mars, Me Lamyral procéda à l’inventaire de ses biens  et le 16 avril, il fut procédé au partage des biens de cet homme riche par le commissaire Régnier. Curieusement, ce dernier partagea en deux la maison et ses appartenances dans le sens de longueur, ce qui donna deux bandes de terrain longues et fort étroites (7 à 8 mètres de façade sur la rue).

Partage du domaine de C.André (parties rouge et verte)

Les deux lots s’étendaient jusqu’au chemin des buttes, le premier lot contenait la maison de droite (l’actuel 49 rue de Seine) et le second était à l’emplacement du 47 de la rue, il contenait un corps d’hôtel à égouts sur la rue et sur la cour avec au rez-de-chaussée une grande porte d’entrée suivie d’une allée et au premier chambres et études. Puis venait la cour avec une galerie et des « retraits » dont la fosse était sous le premier lot, un bucher, une étable. Par contre, la cuisine faisait partie du premier lot. Derrière l’étable, un grand jardin avec une treille était clos de murs. Les choses, on le voit, n’avaient pas été faite dans la simplicité ! Ce second échut à Loys André qui prenait l’engagement de faire à frais communs avec le premier lot un mur de séparation de 9 pieds de haut qui devait partir du mur séparant la cuisine du premier du second lot, longer la galerie et aller jusqu’au bout du jardin, du côté du fossé.

Par partage, le lot bleu échut à Loys André qui le revendit à Claude André, son frère le 27 novembre 1570 pour 50 écus soleil de rente. 

Neuf ans plus tard, Claude André revendit la maison à un certain Jean de Saint-Germain. Alors qu’ils étaient en pourparlers pour la vente, une attaque eut lieu près de la porte de Buci : un gentilhomme du Berri nommé Beaupré se disant  offensé par le sieur d’Aumont arriva à cheval avec cinq  compères et assaillit le seigneur d’Aumont qui était en carrosse avec le seigneur de Bouchemont, la maréchale de Retz et madame de La Bourdaisière. Au grand émoi des spectateurs , le sieur d’Aumont fut sévèrement touché au bras. Quant au sieur de Bouchemont, il fut tué d’une balle en pleine tête.

1579-1624 . La famille Saint-Germain 

Jean de Saint-Germain était maître apothicaire-épicier 4. Ses remèdes étaient appréciés des plus grands puisqu’il comptait dans sa pratique le duc de Montpensier, M. de Barbançon, Françoise de La Rochefoucault, marquise d’Espinay, la famille Spifame, vraisemblabement Pierre de L’Estoile qui le cite à plusieurs reprises dans ses Mémoires-Journaux. 

Après avoir passé quatre années d’apprentissage complétées par six années de compagnonnage et subi, rue des Lombards, ses examens d’accession à la maîtrise, il épousa Catherine Berrier dont il eut au moins sept enfants. L’aîné, Jean, devint aussi apothicaire-épicier, le second Pierre embrassa la professsion de médecin et s’installe à Saint-Jean-d’Angély, un autre garçon mourut jeune dans des tragiques circonstances comme on le verra plus loin. Marie et Clémence qui épousèrent respectivement Marc Le Tellier et Jean Pijault en 1573 et en 1579, tous deux procureurs en Parlement, Philippe unie à Nicolas Gillot, marchand drapier et enfin Jeanne mariée à Jacques Sauvat qui était valet de chambre du roi et tenait la poste pour Sa Majesté en la ville de Paris.

Jean de Saint-Germain était un homme riche qui savait mener ses affaires. Il s’installa rue Saint-André-des-Arts en la maison du Cheval Rouge qui contenait deux corps d’hôtel avec cour entre deux. Elle était située sur la paroissse Saint-Séverin, c’est-à-dire dans la partie récemment démolie, aujourd’hui place Saint-Michel. Il l’avait achetée en 1572, année du massacre de la Saint-Barthélémy, pour moitié à la veuve de Me Ségur, président au Châtelet et à Antoine Barbier pour l’autre moitié, le tout pour une somme d’environ 10 000L qu’il versa sous forme de rente. 

L’année suivante fut celle de son mariage avec Catherine de Vivrier.

En septembre 1579, alors que le faubourg Saint-Marcel était envahi par les eaux de la Bièvre qui se transforma en torrent abattant murs, moulins et maisons à la grande frayeurs des Parisiens venus voir les dégats et que le maréchal de Montmorency se mourrait d’une attaque d’apoplexie, Jean de Saint-Germain maria sa fille Clémence à Jean Pijault, procureur en la cour de Parlement. En faveur de cette union, il leur versa la somme de 1000 écus sol. 

Alors que le 15 juillet 1585, le roi révoquait les édits de pacification faits avec les Huguenots et que ces derniers devaient se convertir sous peine de biens saisis et de bannissement, Jean de Saint Germain maria sa fille à Jaques Sauvat, valet de chambre du roi et maître de la poste à Paris auquel il fut donné très généreusement 2666 écus 2/3 d’écus. La femme fut très vite veuve mais eut tout de même une fille, Madeleine. Elle épousa en secondes noces Jacques de Bourges qui était avocat au Parlement mais qui lui-même décéda le 9 juillet 1612. Très amie avec le cardinal de Richelieu, ils s’écrivaient très souvent, au moins à partir de 1609. Dans ses lettres, le cardinal se préoccupe du mariage d’une certaine Madeleine. C’était sa fille qui épousa Jean de Fenis et décéda le 20 décembre 1666 âgée de 78 ans. Elle était donc née en 1586. Ils furent tous enterrés au couvent des Chartreux5.

Le début de l’année 1587 fut marqué par un froid particulièrement glacial qui se prolongea jusqu’en mai. Les vignes de notre apothicaire gelèrent, mais cela ne l’empêcha pas d’agrandir ses possessions à Sèvres en achetant 75 perches de terre et une masure pour un total de 300 L environ. 

Le jour de la Toussaint 1589, le roi qui assiégeait Paris eut envie de contempler sa Ville. Il monta au clocher de Saint-Germain-des-Prés avec un moine et en redescendit sans rien dire car il lui était venu à son souvenir le moine Clement. Le lendemain, les Parisiens et en particulier ceux du quartier de la porte Saint-Germain furent en émoi à cause d’un pétard accroché à la porte mais il ne fit pas feu et le lendemain Henri IV abandonna le siège. 

Le 27 juillet 1590, Jean de Saint-Germain était dans son apothicairerie lorsqu’un boulet y entra importunément de la part du roi et blessa à la jambe M. de Gland, beau-frère de Pierre de L’Estoile. Ce boulet, tiré par les troupes de Henri IV qui assiégeaient et affamaient Paris ne fit pas grand dégat et il en guérit.

Le 1er  avril 1591, un fils de Jean de Saint-Germain dont nous ne connaissons pas le prénom était allé voir les troupes napolitaines qui défilaient. Il fut atteint d’une balle de fusil du parti des Ligueurs  et en perdit la vie, au grand desespoir de tous. 

Le quartier Saint-André-des-Arts était tenu en bride par le curé de la paroisse du même nom qui était un véritable enragé. Il prêchait le meurtre et avait concouru à dresser la liste rouge que les Seize avaient dressé. Jean de Saint-Germain apprit qu’il y figurait en tant que « Politique ». À côté de son nom, était tracé un D qui voulait dire dagué. En effet, tous ceux de la liste étaient distingués par trois lettres : P.D.B. qui voulaient dire Pendu, Dagué, Banni. Dieu merci, les commanditaires de ces crimes ne trouvèrent personne pour les exécuter. 

L’atmosphère changea complétement en 1593. Il y eut une réaction contre les Seize qui furent conspués et honni. On raconte qu’un bourgeois tua sa seizième poule, un autre demanda à un marchand de chandelles celle qu’il voudra pourvu qu’elle ne fut pas des seize.

Jean de Saint-Germain mourut en juillet 1597. Me Bontemps fut requis pour faire l’inventaire qui montra qu’il était très riche. Pas autant que le laissait entendre Pierre de L’Estoile mais tout de même une fortune confortable :

Ils procédèrent entre eux au partage des immeubles et des rentes et les firent acter par Me Bontemps qui pour cela se rendit dans la maison de la rue de Seine où habitaient Jean Pijault et sa femme. Chaque part se montait à un peu plus de 3100 écus. Mais n’étaient point compté les créances, les ustensiles d’apothicairerie, les épices….

La maison qui nous occupe fit partie de 5e lot pour une prisée de 1500 écus. C’est Jean de Saint-Germain, l’apothicaire,  qui l’eut dans son lot.

Il avait épousé Marie de Roussillon en 1589 qui était alors veuve d’un apothicaire nommé Sainte-Beuve et fut nommé tuteur des enfants Jacques et Pierre. Il avait alors 25 ans. Ils eurent ensemble plusieurs enfants : Charlotte qui épousa Pantaléon Cornuat, marchand drapier en ….. ; Marguerite, femme de Charles Le Prestre, greffier au baillage de Saint-Germain-des-Prés puis après son décès femme de Jean Naudin,  et un fils Jehan, mineur en 1612 qui sera commis aux finances. 

Jean II de Saint-Germain sut, aussi bien que son père, gérer ses affaires puisqu’au décès de sa femme on trouva un cahier où il avait noté les dettes de sa pratique. Pour la seule année 1612, les malades devaient pour plus de 30 000 L de potions et médicaments !

Ils marièrent leur fille Charlotte en décembre 1607 avec un marchand drapier du nom de Pantaléon Cornuat et reçurent 6 000L en faveur deu mariage. Leur seconde fille, Marguerite, s’unit à Me Charles Le Prestre en 1609 avec 9 000L de dot. Malheureusement Marguerite perdit très vite ce mari qui lui donna tout de même une fille qu’ils prénomèrent Marthe. 

Vraisemblablement, Marie de Roussillon se sentait bien malade en 1608 et fit appel au notaire Bontemps pour faire son testament. Il vint rue Saint-André-des-Arts et la trouva au lit malade. Elle recommanda son âme à Dieu et invoqua la Vierge Marie et tous ses saints. Elle demanda à être enterrée près de son beau-père en l’église des Augustins, nomma son mari comme exécuteur testamentaire. 

Elle mourut en janvier 1609 et fut inhumé comme elle l’avait demandé, inhumé aux Grands-Augustins le 12 de ce mois. Son mari la suivit de peu dans le tombeau des Grands-Augustins puisqu’il rendit l’âme le   1612. Ils eurent trois héritiers : un fils, Jean mineur à l’époque, Jacques qui avait pris la succession de son père, Charlotte, déjà veuve de Pantaléon Cornuat et Marguerite, veuve de Charles Le Prestre. 

Un partage suivit (dont nous n’avons pas retrouvé les minutes) qui attribua à Charlotte de Saint-Germain la maison de la rue de Seine. Celle-ci la vendit le 6 novembre 1624 à un peintre flamand du nom de Ferdinand Elle. 

1624- 1725 . Une famille de grands peintres : la famille ELLE

Ferdinand Elle ou Van Heelen était un peintre flamand qui serait né à Malines vers 15806.

On peut penser qu’il n’arriva pas seul à Paris puiqu’il existe aux Archives Naionales un inventaire après décès d’un autre peintre flamand du nom Charles Helle qui habitait près la porte de Bussy donc à proximité de la rue de Seine. 

 Ferdinand Elle était huguenot, c’est sans doute la raison pour laquelle il choisit de s’installer à Saint-Germain-des-Prés, rue de Seine, tout  près de la rue des Marais  7 qu’on appelait la Petite Genève. De ses premières années en France, on sait peu de choses.  Cependant, il est certain qu’il arriva à Paris avant 1602 puisque le 26 novembre de cette année-là, il assista à la signature du contrat de mariage 8 entre Daniel Daubry, écuyer, qui était alors logé rue de Seine, dans la maison à l’enseigne du Heaume, et Anne de Bellot. 

Ferdinand Elle avait une double attirance, pour la peinture et pour les femmes. La première lui valut succès et notoriété, comme on le verra plus loin. La seconde lui causa les désagréments d’un procès. Voici en quelques mots l’affaire. En 1607, une certaine Isabelle Guérard déposa une plainte auprès du bailli de Saint-Germain-des-Prés. Il s’ensuivit un procès qui, au bonheur de notre peintre, tourna court. La damoiselle n’avait sans doute pas bonne réputation ou la paternité du trop impétueux peintre était peut-être douteuse puisque l’affaire se conclut devant notaire par un compromis qui n’accordait rien à la génitrice : elle renonçait à toute poursuite et s’engageait à élever seule l’enfant9.

Ce fut sans doute un an après qu’il prit pour femme Marie Ferdinand car leur premier enfant, Salomon, naquit le 5 mai 1609

Beaucoup d’autres enfants suivirent Salomon : Louis né le 19 juillet 1612, année où il eut pour élève Nicolas Poussin, puis Marie dont on ne connait pas la date exacte de naissance. Il y eut Suzanne, baptisée le 20 janvier 1616 qui eut pour parrain le célèbre Gédéon Tallement et pour marraine Suzanne de Laval, Catherine dont on parlera plus loin, Pierre né le 20 mars 1617 dont le parrain fut Pierre Naudin, et la marraine madame Aersens, et enfin un dernier fils présenté au baptême le 2 décembre 1618 par Jacques de Mornay et madame Falaiseau alors veuve de Verdavaine 10 mais qui dut mourir jeune. 

À la  naisssance de son aîné, il avait déjà acquis une certaine notoriété et l’Hôtel de Ville  lui commanda un tableau où devaient figurer ensemble prévôt des marchands et échevins, procureurs du roi et greffiers de la ville. L’ œuvre terminée, il reçut 400 livres tournois le 12 août 160911.  Tallemant des Réaux nous raconte à son sujet ceci  12 : à l’automne de sa vie, Henri IV connut la toute jeune et séduisante Mademoiselle de Montmorency. Il en tomba fort amoureux et lui fit épouser Henri de Bourbon-Condé, comptant que la réputation du prince « d’homme à homme » lui laisserait le champ libre. Il fit faire en cachette le portrait de sa belle par Ferdinand Elle et l’envoya chercher par son ami Bassompierre. L’oeuvre était encore si fraiche que ce dernier le fit frotter de beurre frais pour l’enrouler, ceci afin qu’on ne le vit pas, et l’emporta vite. Quelques années après, la princesse, croyant que le peintre avait oublié cela, lui demanda un jour quel portrait de tous ceux qu’il avait fait était le plus beau. « C’est, dit-il, un qu’il avait fallu frotter de beurre frais ». Ne doutons point que cette belle réponse fit rougir la princesse.

Nous n’avons pas beaucoup de renseignements sur les différents logis du peintre et de sa famille. Nous savons seulement que Pierre Sainfray, maître paumier qui possédait une maison et un jeu de paume à l’emplacement du 57 rue de Seine, lui fit un bail à loyer13 en 1614. Cependant le 6 novembre 1624 fut un jour capital pour lui qui se présenta devant les notaires Ogier et de Beauvais pour acquérir la maison du 47 rue de Seine. 

C’était alors une construction modeste composée d’un corps d’hôtel sur la rue avec cave, cuisine, salle, chambre haute, garde-robe, cabinets et grenier au-dessus. Un second édifice se trouvait derrière avec étable, cabinet, chambre et grenier au-dessus. La cour qui séparait les deux bâtiments avait un puits et un petit appentis servait de cuisine. L’escalier était hors d’œuvre et servait à aller au premier étage des deux corps d’hôtel. Un jardin clos de mur  avec une treille se trouvait derrière comme au temps de Claude André.  Le tout était loué par le sieur Jean Naudin, maître chirurgien. Quels arrangements Ferdinand Elle trouva-t-il avec le chirurgien pour s’installer dans la maison ? Nous n’avons pu le déterminer, cependant quand il versa en octobre 1625 les 10 800 livres à Charlotte de Saint-Germain pour son acquisition plus 619 livres pour les intérêts, il semblait bien habiter dans la maison.

Le 18 août 1627, un drame éclata dans la famille du peintre : sa fille Catherine s’était laissé conter fleurette par un de ses élèves du nom de Jean Caspin. Elle était enceinte de ses oeuvres. Horrifié, le malheureux père alla porter une supplique au bailli de Saint-Germain-des-Prés afin de faire enfermer l’auteur de ce forfait qui méritait, disait-il, « une punition extraordinaire, même le dernier supplice ». Ce dernier reconnut tous les faits y compris celui « d’avoir eu la compagnie charnelle » de Catherine. Reprenant ses esprits, Ferdinand Elle demanda qu’on élargisse le prisonnier afin de « solempniser » le mariage le jour même. Voici donc Jean Caspin qui partit en compagnie d’un sergent jusqu’à Charenton afin de prendre pour épouse devant le ministre de l’église réformée la fille de la maison. Cependant prompt à prendre ses décisions, Ferdinand Elle était peu rancunier : le 21 août suivant , le traité de mariage fut  signé devant Perlin[5]. Il stipulait que les jeunes époux recevraient 1600 livres, 400 livres en deniers comptants, 400 livres pour la nourriture et le logement de la famille et 800 livres sous la forme de 50 livres de rente annuelle et perpétuelle.

Bizarement, moins de 3 ans après, Jean Caspin devint Jean Cassiopin dans les actes notariés. Le bailli de Saint-Germain avait-il mal entendu le nom ? Jean Cassiopin a-t-il voulu effacer toute trace de sa faute ? Ce charmant forfait ne porta pas, à notre connaissance, ses fruits : nous n’avons trouvé nulle trace d’enfant né au début de l’année 1625 , leur premier enfant, figurant dans les registres du temple de Charenton, est né en 1635.

En 1628, le locataire de la maison du nom de Naudin avait « déguerpi », la famille de Ferdinand Elle put prendre possession des lieux. 

L’année 1630 fut celle du mariage Marie, fille de la maison,  avec Pierre Barbot, sieur du Jard, un protestant natif de La Rochelle et secrétaire de Pierre Bizet, seigneur de La Barouère,  conseiller en la cour du Parlement chez qui d’ailleurs habitait le futur époux,  rue Gilles Le Cœur. Le contrat fut signé le 22 janvier 1630 devant Me Perlin chez Ferdinand Elle et réunissait du côté du futur Pierre Bizet et sa femme et du côté de la future de son frère Louis et son beau-frère Jean Caspin qui avait donc gardé son nom et un ami joallier. L’acte stipulait que Ferdinand Elle verserait une dot équivalente à celle de sa sœur Catherine, c’est-à-dire 1600 livres. De son côté le futur douait sa fiancée d’une rente de 100 livres. Le mariage fut célébré au temple de Charenton en février de la même année.

Nous ne savons pas grand chose des années qui suivirent  jusqu’à la mort du peintre qui arriva vraisemblablement en 1637. Nous avons cependant pu apprendre que c’est à Michel van Lochem que Ferdinand Elle s’adressait pour faire graver ses portraits. Ce dernier habitait avec son frère rue Saint Jacques, à la Rose Blanche.

Quelques oeuvres de Ferdinand ELLE

Selon M. Le Roux de Lincy, Ferdinand Elle mourut en ayant le titre de peintre ordinaire du roi et la charge de valet de chambre de Sa Majesté. Nous n’avons plus grand chose de ses œuvres. Il reste cependant un portrait de Henri IV qui d’après le costume, date des environs de 1600 ; un portrait d’Auguste de Thou gravé par Jean Morin qui le date de 1617, un portrait d’Anne d’Autriche et un du comte de Soissons qui furent gravés par Charles David ainsi que celui du chirurgien Jacques de Marques, éxécuté en 1616 , un Antoine de Loménie peint en 1622 (d’après la lettre de gravure de Michel Lasne exécutée en 1637, plus une Ste Jeanne de Chantal (vers 1610-1622).

Devenue veuve, Marie Ferdinand prit le destin de sa famille en main. Pour augmenter ses revenus, maintenant qu’elle n’avait plus son mari pour subvenir à ses besoins, elle entreprit avec ses enfants majeurs, de faire récupérer en Hollande[7] les intérêts d’une somme qui avaient été confiée Antoine Goeteris, premier huissier du haut conseil des Etats de Hollande.

Sa seconde action fut de distribuer une partie de la succession à ses enfants. À sa fille Marie et à son gendre Pierre Barbot, elle donna 5400 livres à valoir sur la part de la succession de son défunt mari. À sa fille Catherine et à son gendre Jean Cassiopin (qui était devenu maître peintre) elle leur attribua 6200 livres (5400 livres comme à sa sœur et 800 livres pour le rachat de la rente de 50 livres  qui leur avaient été octroyés lors de leur contrat de mariage).

Elle fit aussi construire un corps d’hôtel du côté du fossé entre les portes de Bussy et de Nesle sur ce qui était jusqu’alors un jardin, derrière la maison que ses enfants et elle occupaient rue de Seine. 

Le bâtiment était double en profondeur et de deux travées en longueur. On y entrait par une porte cochère qui s’ouvrait sur un large passage qui pouvait servir de remise de carosse. Au bout de l’allée, un escalier dans œuvre desservait la construction qui comportait quatre étages dont un en galetas, au haut duquel était un donjon couvert d’ardoise construit au-dessus de la couverture qui, elle, était en tuile. On arrivait ensuite dans une cour avec un puits avec au fond un petit édifice qui servait d’écurie. Afin de compléter la construction, Marie Fredinand avait fait élever dans la cour un bâtiment en aile de trois travées de long et de trois étages, plus un grenier. Il y avait une cave sous le corps de logis de devant et une autre sous l’écurie. 

Marie Elle ne tarda point à louer les lieux. Ses premières locataires furent deux veuves14.

Il s’agissait d’Hélène de Saint-Vertunien, veuve d’Isaac Guesdon, conseiller secrétaire du roi et de Marie Lecocq qui avait aussi eu le malheur de perdre son mari, Jacques Menous, de son vivant conseiller du roi et commissaire des geurres et intendant des jardins du roi. Elles louaient le bâtiment sur rue et l’écurie, le tout pour 1 100 livres par an. Bizarement, elles avaient aussi pris à bail la maison du sieur Naudin, voisine de droite et demandaient aux deux propriétaires l’autorisation d’ouvrir une porte entre les deux bâtiments à la hauteur du premier étage. La permission leur fut accordée à condition qu’elle remettent les lieux en état et d’en assumer la dépense.

Le cortège des mariages rythmait la vie familiale. On commenca par son fils Louis qui était à cette époque peintre ordinaire du roi qui épousa Isabelle Dallemagne, fille de Raymond Dallemagne, marchand orfèvre. Parmi les signataires du traité de mariage,  15 on pouvait remarquer Jean Mestrezat, ministre de la parole de Dieu à Charenton et Charles Martin, peintre et valet de chambre du roi, parrain de la fiancée. Vint ensuite le tour de Louise qui prit pour époux Jacques Barbot, écuyer et membre d’une famille fort connue de La Rochelle16. Sa mère lui donna en dot 7000 livres. La famille du futur ne fut pas en reste : Marie Ogier sa mère promit de lui donner la somme rondelette de 12 000 livres .

L’année suivante en 1640, la petite dernière, Suzanne, fit ce que l’on appelle un beau mariage. Elle épousa Paul Pineau qui était fils d’un avocat au Parlement et d’une famille qui possédait des terres et de seigneuries en Vendomois. Il reçut à cette occasion la part qui lui revenait dans la succession de son père à savoir la terre et seigneurie de Cunaille et celle de Montravail. En faveur du mariage, Marie Ferdinand donna la somme de 7 000 livres en dot sur la successsion de son père et avancement d’hoirie17. Les invités à la signature du contrat de mariage témoignaient de la belle promotion que la famille Elle faisait par ce mariage. Les Pineau s’installèrent, eux aussi, rue de Seine.

Enfin, le petit dernier, Pierre,  qui se destinait lui aussi à la peinture prit aussi femme en la personne d’Anne Cattier qu’il n’avait point été chercher bien loin puisqu’elle habitait sur le fossé d’entre les portes de Bussy et de Nesle, un peu plus haut en allant vers la Seine et qu’elle était une parente de sa belle-sœur Elisabeth Dallemagne. Elle était fille de Daniel Cattier, émailleur de terre, et de Marie Greban dont le père était horloger. Malheureusement, le contrat de maraige qui figure sur les répertoires du notaire Marreau à la date du 23 avril 1643 n’existe plus.

La dernière joie de sa vie de Marie Ferdinand fut certainement celle qu’elle éprouva quand son fils Louis entra à l’Académie de peinture et de sculpture. En effet, plusieurs peintres, sculpteurs et graveurs des plus connus avaient eu l’idée de former entre eux une Académie. Louis XIV qui vit tout de suite les avantages qu’une assemblée aussi célèbre pouvait produire, favorisa son établissement par un arrêt du conseil du 20 janvier 1648. Elle eut pour chef M. de Charmois et regroupait 25 membres : 12 officiers (les Anciens), 11 Académiciens et 2 syndics. Louis Ferdinand-Elle fut dès le début de la deuxième catégorie, en compagnie de Testelin et de Samuel Bernard qui lui étaient proches, l’un parce qu’il gravait nombre de ses oeuvres et l’autre parce qu’il était le parrain de son fils.

Lorsque Marie Ferdinand mourut le 15 février 1649, elle laissa six héritiers, quatre filles, Catherine, Marie, Suzanne et Louise et deux fils, Louis et Pierre. Ils décidèrent de faire appel à Mathurin Duruy, architecte du roi, pour procéder à l’estimation des deux maisons. Suivons-le dans sa visite18.

Se plaçant tout d’abord sur la voie publique, en face de la maison, celui-ci vit une construction peu large (deux travées), de deux étages au-dessus du rez-de-chaussée dont un en galetas, couverte de tuile, étroitement enserrée entre deux maisons. Il y pénétra ensuite par une allée de passage et trouva d’abord la cuisine qui donnait sur la rue puis une salle qui avait vue sur la cour avec un petit cabinet en avancée. Au bout de l’allée, il emprunta un escalier qui était hors d’œuvre et desservait aussi bien le premier étage du bâtiment sur rue que celui en aile sur la cour. Cet étage se composait d’une chambre avec une garde-robe et un cabinet. Il visita ensuite le second qui était en galetas et agencé en une chambre avec sa garde-robes sur la rue et une autre chambre avec cabinet et vestibule sur la cour. La montée pour atteindre le grenier était raide mais les efforts de l’architecte furent récompensés : la pièce avait de beaux lambris et se payait le luxe d’une cheminée. Il redescendit ensuite et inspecta les deux berceaux de caves voûtées auxquelles on accédait par une descente droite abrupte. On pouvait aussi y aller par une sorte d’échelle qui partait du sol de la cuisine. Reprenant le couloir, il atteignit la cour et son puits. Un bâtiment en aile, long de trois travées, était porté par deux colonnes de pierre de taille et s’élevait sur deux étages et un grenier.  En face, un petit édifice servait d’écurie puis un autre de garde-manger avec au-dessus une chambre lambrissée et ensuite un édifice en appentis qui servait de cuisine avec un petit escalier qui desservait à la fois la chambre et une soupente. Au fond de la cour, Marie Ferdinand avait fait construire un corps de logis de 3 étages au-dessus du rez-de-chaussée qui comportait une allée de passage pour aller dans une autre cour qui se trouvait derrière et une salle. 

Pour accéder aux étages qui avaient chacun une chambre et deux petits cabinets avançant sur la cour de derrière,  il fallait emprunter un escalier hors d’œuvre. Dans ce bâtiment comme dans celui donnant sur la rue, on trouvait deux caves voûtées. 

L’architecte estima l’ensemble des corps de logis de la rue de Seine à 25 000 livres.

Il passa ensuite à la visite de la maison sur le fossé d’entre les portes Dauphine et de Nesle, de construction récente, où était pour enseigne La Ville de Strasbourg  dont nous avons donné la description plus  haut. L’expert la prisa à 19 000 livres. Il y avait donc une soulte de 3000 livres à verser aux propriétaires de la maison de la rue des fossés.

         Trois jours plus tard, il fut procédé au partage par tirage au sort. On alla chercher un jeune garçon qui passait rue de Seine, et ayant fait six billets en six morceaux de papier, sur trois fut marqué « rue de Seine » et sur les trois autres « rue du fossé ». Les trois billets marqués rue de Seine échurent à Catherine, Marie et Louise ELLE à la charge de payer 3 000 L de soulte à leurs cohéritiers. La maison sur le fossé de la ville échut en commun à Louis, Pierre et Suzanne ELLE, femme de Paul Pineau, sieur de Champfort

La deuxième génération

Après le décès de leur père, les enfants prirent le patronyme de FERDINAND-ELLE, sans doute pour honorer leur père.

Portrait d’une dame de la cour par Louis Ferdinand ELLE le père (galerie Bordes)

L’aîné, Louis qui était né le 19 juillet 1612, avait embrassé comme son père, la profession de peintre du roi et fut un remarquable portraitiste. Mariette disait de lui qu’il fut un des plus excellents peintres de portraits qui aient paru en France. Il peignait des personnages aux poses élégantes ou transformait ses modèles en divinités. Il trouva en la personne de Fouquet un protecteur dont on retrouve un portrait dans l’inventaire fait après le décès de peintre. Sa production fut abondante comme en témoigne l’inventaire qui fut fait après son décès qui dénombre 80 portraits et plus de 1200 estampes. Il devint membre de l’Académie lorsqu’elle fut créée en 1648 dont il fut expulsé à son grand chagrin lorsque, en 1681, Louis XIV entreprit de convertir tous ceux de la RPR19. Il n’y rentrera à nouveau qu’après avoir abjuré, en 1686.

Il avait épousé en 1637 Isabelle Dallemagne qui était la fille de Raymond Dallemagne 20 marchand orfèvre et de Marie Barquette. Assistaient à la signature du contrat son voisin et ami Pierre Naudin, Jean Mestrezat, ministre de la parole de Dieu à Charenton, Charles Martin peintre et valet de chambre du roi, parrain de la future épouse qui amenait 3 600 livres dans sa corbeille. Louis Ferdinand recevra de sa mère quelques mois après 7000 livres sur la succession de son père et en avancement d’hoirie sur la succession de sa mère. 

En mars 1639, il loua à sa mère une partie de la maison rue de Seine qui se composait du corps d’hôtel sur la rue et de la galerie du second étage avec deux chambres. La cour et le puits étaient en commun avec le reste de la maison.  Il payait à sa mère 400 livres par an pour le tout. 

Il eut plusieurs enfants dont beaucoup moururent très jeunes : Louis en 1639 qui décéda à 4 mois, Paul en 1646 qui disparut 3 semaines après sa naissance, Louis né en 1649 et mort en 1653. Les seuls enfants qui survécurent furent un autre Louis dont nous parlerons plus loin, Judith qui naquit en 1664 et Marie qui épousera Simon Le Juge, peintre en miniature. Le logement de la rue de Seine continua à abriter Louis Elle et sa famille, ainsi d’ailleurs que son frère Pierre, jusqu’en 1652-1653. La maison de la rue Mazarine ayant été sans doute libérée, ils déménagèrent et s’y installèrent.

Le 13 mars 1677, Isabelle Dallemagne, sa femme, alors âgée de 55 ans ,21, mourut et fut inhumée deux jours après au cimetière protestant des Saints-Pères.

Louis Elle Ferdinand le père mourut le 12 décembre 1689, âgé de 77 ans et inhumé deux jours après à Saint-Sulpice, ce qui laisse penser qu’il abjura sa religion entre 1677 et 1687.

L’inventaire de ses biens ne comptait pas moins de 80 tableaux et un millier d’estampes !22

Quant à Jean Cassiopin, peintre ordinaire du roi, époux de Catherine Elle, il loua en 1649 à ses deux copropriétaires une partie de la maison sur la rue de Seine, l’autre étant occupée par Paul Pineau et sa femme Suzanne Elle. Il transforma la cuisine sur la rue en boutique qui servira, semble-t-il, à la vente des gravures. Mais hélas, il mourut le 29 septembre 1651 laissant trois enfants mineurs : Thomas (23 ans), Louise (15 ans), Ferdinand (9 ans) et Catherine (8 ans) ainsi que Anne, épouse de Paul Greban, maître horloger. La famille vivait fort pauvrement et Jean ne possédait comme vêtements que ceux qui servirent à l’ensevelir. Il laissait 112 portraits de diverses personnes en demi-corps, sans main, et imparfaites qui furent estimés 64 livres, une descente de Croix estimée 16 livres et 921 livres de dettes envers ses beaux-frères…

Pierre Ferdinand-Elle, le cadet  avait 20 ans en 1637, lorsque son père mourut.  Il était lui aussi peintre ordinaire du roi mais il n’entra pas à l’Académie. L’année 1649 fut pour lui une année noire entre toute : en février, il vit partir sa mère, puis en décembre la petite Marie âgée de 5 ans, puis Paul puis Uranie qui n’avait que 10 jours. Malgré tout il peignait tout ce qui l’entoure : la rue du Pont Neuf, une cuisine, des fruits avec un globe, un corps de garde (peut-être celui de la porte de Bussy), un embrasement, beaucoup de paysages et comme son frère des portraits. Mais son activité de prédilection était les estampes. Il en a été retrouvé quelques-unes que l’on peut voir sur le site de la BNF et dont le trait est admirable. Il mourut le 5 septembre 1665 laissant sa femme Anne Cattier sous tutelle car « elle était tombée en démence ». (A.N. ; M.C. ; VI/405, inventaire des biens de Pierre Elle commencé le 7 octobre 1665)).

La troisième génération

La personne la plus importante de la troisième génération fut Louis, fils de Louis. Pour le distinguer de son père, il prit le nom de Louis Ferdinand-Elle le fils.

Il fut présenté à l’Académie Saint-Luc le 28 mars 1676 par Samuel Bernard . La Compagnie agréa la présentation et ordonna qu’il fasse les portraits de Samuel Bernard et de Thomas Regnaudin. Il les présenta à l’Assemblée plus de 5 ans après, le 5 juillet 1681, et fut agréé Académicien le premier du mois suivant. La grande voie royale s’ouvrait à lui. Hélas, elle se referma immédiatement par un ordre du roi qui, ayant appris que plusieurs peintres académiciens étaient de la religion « prétendue réformée », les frappa d’exclusion. Louis Ferdinand -Elle père et fils faisaient partie de la charrette en compagnie notamment de Testelin et de Samuel Bernard. Nous ne résistons pas au plaisir de montrer le portrait de Samuel Bernard présenté à l’Académie

Marguerite Barbot, petite-fille de Ferdinand-Elle et fille de Marie, épousa Josué Gargoulleau, seigneur des Loges23 protestant et d’une très vieille famille de La Rochelle qui donna à cette ville plusieurs générations d’échevins. Il était un petit-fils d’une Bizet de La Barrouère, ce qui peut expliquer comment ces jeunes gens se connurent puisque le père de la future avait été secrétaire de Pierre Bizet pendant de longues années. Le contrat de mariage fut signé le 19 janvier 1667 devant Me Muret et Me Huart et réunit essentiellement des cousins des deux côtés. Il dut, avec sa femme, abjurer la religion protestante le 7 janvier 1686 et s’installèrent rue de Seine dans un appartement du 1er étage qui se composait d’une cuisine, une antichambre, un petit cabinet attenant et une chambre où il trépassa en 1701. Après son décès, elle partagea son appartement avec la veuve du peintre Gabriel Barbot et Anne Barbot, sa belle-sœur.

Elle mourut en 1720 sans laisser d’enfant. Ce furent donc ses neveux et nièces qui héritèrent sa part indivise dans l’immeuble. Ils étaient au nombre de sept et tous avaient pour grands-parents Marie Elle et Pierre Barbot : Anne, Jean-Baptiste, Jeanne et Jacqueline Barbot, enfants de Gabriel Barbot , sieur du Bouzet et Marie-Suzanne Pierre Barbot, Gabrielle-Suzanne et Charlotte-Ester Barbot, enfants de Jean Barbot, conseiller honoraire du roi au présidial de La Rochelle24.

Les héritiers étaient si nombreux (presque tous issus des familles Barbot) qu’il n’était plus possible de garder la maison de la rue de Seine . Ils décidèrent de la vendre par adjudication. Celle-ci eut lieu le 5 mai 1725, après une folle enchère, elle fut licité à Jean Gromaire pour la somme de  18 150 livres.

Les ELLE et la révocation de l’édit de Nantes


 Avant même la révocation de l’édit de Nantes d’octobre 1685, la famille ELLE entama une période fort difficile.

Louis Ferdinand-Elle le père qui était membre de l’Académie de peinture en fut exclu dès 1681 alors qu’il avait 74 ans. Il refusa d’abjurer pendant 4 ans mais les pressions étaient très fortes et il était âgé. Il finit par céder le 30 décembre 1685. Marie sa sœur, veuve de Pierre Barbot et Jacqueline sa bru en firent de même, précédées par Jean Laurent, son gendre.

D’autres habitants se montrèrent plus coriaces : Simon Le Juge qui n’avait toujours pas abjuré au début de janvier 1686 répondait au commissaire Gazon qu’il ne désirait point changer de religion. Louis Ferdinand-Elle le fils fut arrêté le 2 mars 1686 et conduit à la Bastille. Un ordre d’incarcération fut émis contre Marie, sa sœur et son époux Simon Le Juge mais ils étaient cachés on ne sait où, et ce n’est que le 23 novembre que le célèbre Desgrez les débusquèrent. Marie fut conduite chez les Cordelières de Saint-Marcel puis envoyée au château de Nantes. Elle n’avait toujours pas cédé le 25 novembre 1687 et Seignelay écrivait à M. de La Reynie :

« Ferdinand peintre du Roy, ayant demandé à se charger de sa fille affligée d’un cancer, laquelle a esté conduitte au château de Nantes à cause de son opiniatreté dans la R.P. , je vous envoye l’ordre du roy pour la luy faire remettre après qu’il vous aura donné sur cela les seuretés que vous estimerez nécessaires de prendre de luy. »

 Anne Cassiopin avait, on le sait, épousé Jean Beck. Ils habitaient tous deux rue Mazarine , en face de la rue Guénégaud et leur appartement servait de refuge aux candidats à l’émigration. Leur fille, Constance-Emile, avait réussi dès 1686 à fuir la France pour aller à Amsterdam puis s’installer en Angleterre avec son mari Jacques Barbot. Dénoncé par une voisine au commissaire Gazon, celui-ci le signalait à M. Seignelay qui donna le 4 novembre l’ordre de l’expulser puis de l’enfermer à la Bastille le 15. Elle y resta jusqu’au 29  :

 « Je vous ai donné il y a quelques jours l’ordre du Roy pour faire sortir de Paris un certain nommé Becq, et comme Sa Majesté a depuis apris de plus grandes particularitez de la mauvaise conduite de cet homme , Elle m’a ordonné de vous en envoyer un autre pour le faire mettre à la Bastille , et il est nécessaire que vous le fassiez exécuter aussi tost que vous l’aurez receu en cas qu’il soit encore à Paris , mais s’il estoit sorty, il faudra s’il vous plaist que vous preniez la peine de vous informer de la route qu’il aura prise et que vous me le fassiez scavoir afin que je puisse envoyer après. J’attendray vostre réponse pour en rendre compte à Sa Majesté. Je suis … » 

 Comme M. Beck était souffrant, il n’avait point quitté Paris et fut arrêté avec sa femme le 17 et sa femme conduite à la Bastille. Quant à lui, il resta rue Mazarine sous bonne garde jusqu’au 26. Sur les instances de l’Electeur ils furent expulsés du royaume. Beck malade et sa femme descendirent la Seine à petites journées jusqu’à Rouen, s’y embarquèrent et regagnèrent Berlin où Beck mourut le 2 février 1695 à l’âge de 80 ans. Quant à ses petites-filles fort jeunes, elles furent aussi conduites aux Ursulines .

1725-1783. La famille Gromaire

L’acheteur, Jean Gromaire, était bourgeois de Paris et premier commis au bureau des écuries du roi. Il était veuf depuis mai 1721. Sa femme, Anne Parisot, fille d’un marchand épicier en gros de Paris, lui avait donné cinq enfants :

– Anne-Jeanne qui avait épousé en 1722 Joseph-François Guénard, greffier au Parlement,

– Colombe-Élisabeth avait épousé Jacques Mercier, conseiller du roi et receveur des tailles aux Sables d’Olonne,

– Jean, qui se faisait appeler Gromaire de La Bapomerie, avocat au Parlement,

– Jean-Baptiste-Joseph, prêtre docteur en droit et chantre et curé à Cosne-sur-Loire,

– Marie-Louise qui était encore fille lors du décès de son père en 1750.

La maison qu’il venait d’acheter n’avait subi aucune modification notable depuis 1638 mais elle avait troqué l’enseigne de la Côte d’Andresy contre celle des Ciseaux d’or. La famille n’habita pas rue de Seine. Ils avaient préféré la paroisse Saint-Roch à celle de Saint-Sulpice et firent de l’immeuble une maison de rapport qui leur permettait de toucher 2200 livres par an.

Les affaires marchaient bien pour Jean Gromaire puisque à son décès qui survint le 25 juillet 1750, il se trouvait à la tête d’une belle fortune qui s’élevait à 161 900 livres25.

Ce partage attribua la maison de la rue de Seine à Joseph-François Guénard et à sa femme Anne-Jeanne Gromaire, moyennant une soulte de 29 620 livres envers Marie-Louise Gromaire.

Ce dernier était un personnage assez naïf. Voyez plutôt. Un jour il fit connaissance du sieur Lelièvre, un apothicaire distillateur installé tout près dans l’immeuble qui porte maintenant le numéro 36. Celui-ci avait créé et vendait « Le Baume de Vie », potion magique qui guérissait tous les maux de la terre. Du moins, c’est ce qu’il assurait  dans un savoureux opuscule recueillant tous les témoignages de ses fidèles utilisateurs. Lui, Joseph-François Guénard fut sauvé d’un rhume, d’une extinction de voix et d’une diarrhée. Son fils qui avait la coqueluche ressuscita et quant à sa voisine , elle vit disparaître par enchantement ses dartres.

Le sieur Guénard était premier commis de la chambre aux deniers du roi et ainsi, sous les ordres d’un grand maître de cette chambre il assurait toutes les dépenses de bouche du roi et le paiement des gages de tous les officiers chargés de ce service. Il recevait pour cette charge 1200 livres par an.

Sa femme, Anne-Jeanne ne lui donna qu’un seul enfant qu’ils prénommèrent Jean-Joseph et qui épousa, en novembre 1751, Jeanne-Angélique Haincque de Saint-Senoch , fille d’Alexandre Haincque de Saint-Senoch, intéressé dans les fermes du roi.

La dame Guénard mourut le 30 mai 1773. Comme il ne fut point fait d’inventaire, le père et le fils continuèrent de posséder en commun la maison de la rue de Seine.

Cependant, la maison de la rue de Seine était un bien propre d’Anne-Jeanne Gromaire dont Jean-Joseph était l’unique héritier. Ayant besoin d’argent, le fils décida de vendre la maison et mit, avec l’accord de son père, son projet à exécution le 27 février 1783. Les acheteurs étaient Louis Bourgain, maître chandelier et Henriette-Mélanie Vicard de Chantigny qui prirent possession de la maison .1783-1839 . La famille Bourgain



1783-1839 . La famille Bourgain


Les nouveaux propriétaires étaient donc Louis Bourgain et sa femme Henriette-Mélanie Vicart de Plantigny. Il était Me chandelier .

Ils eurent une vie sans histoire mais aussi sans cris d’enfants pour égailler leur foyer .  Lorsque la Révolution éclata, plusieurs membres de leur famille se signalèrent par leurs activités. Son frère, Denis-Guillaume, qui se disait artiste-peintre et qui  habitait rue de Seine, fut élu député suppléant à la Convention le 27 brumaire an II en remplacement de … Louis-Philippe Égalité guillotiné et entra le 4 brumaire an IV au conseil  des Cinq-Cents

Son beau-frère, Jacques Louis Auguste Paffe, était bonnetier de son état et membre du conseil général de la Commune et juré du tribunal criminel du 17 août (dont il démissionna le 20 septembre 1792). Il fut l’un de ceux qui fouillèrent  le secrétaire du citoyen Capet et y découvrirent un paquet libellé au nom de M. de Malesherbes contenant 3000 livres et 125 louis d’or. Il fit partie des membres qui soutinrent Robespierre et le recueillirent à l’Hôtel de Ville. Il fut arrêté le 11 thermidor, jugé sommairement par le tribunal révolutionnaire et condamné comme traître à la Nation  et guillotiné le 12 thermidor an II (30 juillet 1794), le lendemain de l’exécution de Robespierre. Il laissa une fille, Aspasie Antoinette Olympe qui s’unit en 1804 avec Pierre Marie Honoré, médecin.

Louis Bourgain était, on le sait, chandelier. À ce titre, il fournit, lors des massacres de l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés, les chandelles qui éclairèrent les cadavres entassés dans la cour lors des massacres des  2, 3 et 4 septembre 1792. Il déposa un mémoire au comité de la section des 4 Nations pour fourniture de terrines de suif qui s’élevait à 127 livres 14 sols26. L’histoire ne dit pas s’il en fut payé !

Lors de son décès advenu le 28 septembre 1837, ce monsieur avait pour héritiers six neveux et petits-neveux.  Trois étaient ses petites-nièces issues du citoyen Paffe guillotiné en 1792 et de sa soeur Françoise Catherine Bourgain et les trois autres issus de Denis Guillaume Bourgain, aussi chandelier. Ils avaient pour nom Denis Théodore, Euryale Dion et Émilie Bourgain, cette dernière épouse Cadot.

D’un commun accord avec sa veuve, ils décidèrent de vendre la maison par adjudication devant le tribunal de 1ere instance de la Seine. Le 6 avril 1839, elle fut adjugée à Julien Chamon pour la somme de 85 300 F. Ses créanciers la saisirent et la vendirent pour le prix étonnant de 181 500 F le 12 juin 1841.

1841-  1862. Hippolyte Vulfrand Duceux

Hippolyte Vulfrand Duceux était marié à Denise Sophie Blanchard  et avaient eu cinq enfants. Les époux vinrent s’installer rue de Seine avec leur dernier fils, Lucien. M. Duceux mourut en avril 1855 et son fils Lucien en juin 1861. Après la mort de son mari sa veuve continua le négoce de tissu fabriqué en France que faisait son mari avec la Guadeloupe. Mais en 1862, ses quatre enfants et elle décidèrent de vendre l’immeuble du 47 rue de Seine.

1862-   . La famille Grousteau

Hippolyte Constant Grousteau et sa femme Cécile Jenny Vilain acquirent ensemble le 28 juin 1862 l’immeuble du 47 rue de Seine qui se découpait en quatre corps de bâtiment. L’édifice sur rue était double en profondeur et élevé de six étages avec trois croisées de face sur la rue, il avait aussi quelques fenêtres sur les 11 m2 de la cour de derrière ainsi que sur une minuscule cour de 4m2 située au Nord.  Le corps de bâtiment en aile à gauche lui succédait et contenait l’escalier qui le desservait ainsi que celui sur rue. Il était de même hauteur. Ensuite venait un grand bâtiment de sept étages qui s’enroulait autour d’une cour de moins de 10m2. Enfin un quatrième bâtiment aussi de sept étages était éclairé sur une cour de 11m2. Les locataires s’éclairaient au gaz.

            Cette vente se faisait moyennant le prix de 190 000F moins les 900F de loyers payés d’avance. Le premier versement de 89 100F devait s’effectuer le 5 novembre suivant. Les Grousteau s’engageaient à verser les 100 000F restant dans les cinq ans par tranche de 20 000F tous les premiers juillet avec intérêts au taux de 5%.

Le sieur Grousteau était associé depuis 1853 avec M.M. Thibault père et fils dans une société de fabrication et de commerce de lampes à modérateur. Ces sortes de lampes qui fonctionnaient à l’huile avaient un grand talent : le modérateur, une sorte d’aiguille, permettait de régulariser la montée de l’huile dans la lampe. L’Académie des sciences avait attribué en 1854 un prix à un certain M. Franchot « pour sa découverte de la lampe à modérateur et pour ses travaux sur les machines à air chaud ». L’invention, simple et fort économique, dont il avait déposé le brevet en 1836, eut un très grand succès et les lampes à modérateur envahirent les foyers comme une traînée de poudre. Les fabricants se multiplièrent et Grousteau eut l’intelligence avec ses associés de saisir la balle au bond et fit ainsi fortune.

            Le 16 janvier 1854, il avait épousé, sans doute pour ses beaux yeux car elle n’amenait rien dans la corbeille de mariage, Cécile Jenny Vilain. Le contrat de mariage qu’ils signèrent le 9 janvier 1854 stipulait la communauté de biens. Il apportait ses droits  dans la société fondée l’année précédente (65 000 F),  plus 1/3 par indivis dans un café-auberge situé sur la place du marché de Gracey dans le Cher. Au cas où il mourait avant sa mère, sa femme était tenue de servir à Madame Grousteau mère une rente annuelle de 1000 F. Ils eurent trois enfants : Georges Louis né en 1855 Lucien Charles qui vint au monde en 1857 et Eugénie Cécile un an après jour pour jour. Malheureusement, Lucien Charles mourut à 18 mois.

Grousteau et son associé firent prospérer la société de fabrication de lampes et déposèrent nombre de brevets d’amélioration (en 1855, 1861, 1862, 1863) de leurs lampes à modérateur. Petit détail amusant : la société Thibault et Grousteau prit comme employé le fameux chanteur Paulus lorsqu’il débarqua à Paris pour y chanter dans les café-concert.

La société était très prospère et Grousteau prit soin de placer ses rentrées d’argent dans un immeuble de rapport. Son choix se porta sur le 47 rue de Seine: il y voyait plusieurs avantages : l’immeuble était de construction récente (entre 1839 et 1841) et les revenus fort substantiels (13 000F par an environ).

Les époux Grousteau se donnèrent un univers très confortable en achetant en 1866 pour 120 000 F un hôtel particulier entre cour et jardin, rue de La Tour n°139. Le rez-de-chaussée se composait d’un large vestibule, un grand et d’un petit salon, une salle de billard, une grande salle à manger. Des grands rideaux de tapisserie de Neuilly  donnaient une atmosphère douillette à l’ensemble. Un petit salon à côté qui avait aussi vue sur le jardin servait au délassement musical. Un piano droit avec des partitions éparpillées montrait que le maître de maison devait apprécier que ses enfants lui donnent quelques concerts par les chaudes soirées de l’été. Un guéridon, une table de jeu deux fauteuils, quelques chaises et des poufs invitaient à se détendre au retour du travail en jouant aux cartes tout en écoutant les arpèges. Le premier étage se répartissaient en deux chambres à coucher éclairées par deux fenêtres sur le jardin. Celle du couple  était plutôt une suite à cause d’un petit salon de lecture, toujours sur le jardin et d’une salle de bains avec une baignoire en zinc. Un cabinet de toilettes faisait suite à la deuxième chambre. Trois chambres de moindre importance se trouvaient au second étage. Le bâtiment au fond du jardin contenait une remise et trois chambres de domestiques au premier étage. Le tout était meublé dans le style, un peu lourd mais cossu, Louis-Philippe avec beaucoup de soie et de velours rouge.

Cependant , M. Grousteau mourut jeune (il n’avait pas encore 60 ans) et sa femme le suivit un an après. Elle n’avait que 42 ans.27 M. Vilain, grand-père maternel, fut nommé tuteur des enfants.

            Le fils, Georges Louis Grousteau, eut une bien triste vie. Déboussolé, il ne passa pas son bac et persuadé que sa vocation était le sport, il entra dans la vie active par la porte la plus mauvaise qui soit : le turf.  D’abord, il connut la vie élégante et les camaraderies dorées. Il voulut sa propre écurie de course : il y perdit l’argent de son héritage. Pour se renflouer, il vendit sa part en indivis sur la maison de la rue de Seine dès 1877. L’argent flamba en ses mains. Désargenté, il parvint tant bien que mal à trouver une place de rédacteur au journal le Jockey et eut le malheur de retrouver sur les champs de courses un ancien ami. C’était Marin Fenayrou, un pharmacien que sa femme trompait avec un employé de son officine, puis avec Grousteau. Le mari, mis au courant, tua avec la complicité de sa femme ( !)  l’ancien amant dans des circonstances affreuses. Cette affaire fit grand bruit en son temps , Grousteau eut à  subir des interrogatoires peu plaisants et à témoigner à la barre. Abandonné par ses amis du journal, ruiné et malade des poumons, il finit par mourir dans une maison de santé de Saint-Mandé à l’âge de 31 ans.

            Sa sœur, Eugénie Cécile, eut un destin un peu plus heureux. Elle épousa très jeune Louis Demarie et mit au monde, à 19 ans, une petite fille qu’ils prénommèrent Marthe Marie Georgette.


[1] Marie Falaiseau, veuve de Verdavaine,  possédait une maison sur la rive ouest de la rue de Seine qu’elle a vendu en 1624 (A.N. :, S3061)

[2] A.N. , M.C., Legay 19 août 1609

[3] Les Historiettes de Tallement des Réaux » par MM. De Monmerqué et Paulin . Tome Ier

[4] A.N., M.C., ET/XXXV/191 : Bail par Pierre Sainfray à Ferdinand Elle du 15 janvier 1614. Document malheureusement incommunicable.

[5] A.N. , M.C. , CV/576

[6] Tallemant raconte à son sujet qu’il acheta son office de conseiller au Parlement et qu’en secondes noces il épousa la veuve du lieutenant criminel L’Allemand du nom de Grisson. Craignant qu’il fasse une sottise pendant la Fronde, elle l’emmena dans ses terres de Touraine. Il en revint avec la goutte et un jour il suivit les conseils d’un sergent  pour un emplâtre pour la goutte mais négligea de se purifier avac un sirop. La goutte s’étrangla et il en mourut.  

[7] M.C. : ET/VI/239,  25/08/1637


  1.  16m sur 63m environ soit environ 1000M2 

  2. Soit environ 2m50 de hauteur et 50cm d’épaisseur  

  3. M.C. : VIII/227, bail du 20 mars 1557 

  4. Les épiciers, au sens actuel du terme, vendaient des épices alimentaires tandis que les apothicaires-épiciers utilisaient des épices médicinales qui devenaient des drogues. 

  5.  Épitaphier du vieux Paris Tome 3 

  6. Selon la Gazette des Beaux-Arts d’octobre 1954. 

  7. Aujourd’hui rue Visconti 

  8. A.N.  Y140, f°374 

  9. A.N., M.C. ET/XLIX/195 , 29/01/1607 

  10. Marie Falaiseau, veuve de Verdavaine,  possédait une maison sur la rive ouest de la rue de Seine qu’elle a vendu en 1624 (A.N. :, S3061 

  11.  A.N. , M.C., Legay 19 août 1609 

  12. Les Historietes de Tallement des Réaux » par MM. De Monmerqué et Paulin . Tome Ier 

  13. A.N., M.C., ET/XXXV/191 : Bail par Pierre Sainfray à Ferdinand Elle du 15 janvier 1614. Document malheureusement incommunicable. 

  14. A.N., M.C., ET/VI/457 Bail du 18 décembre 1638. 

  15. A.N., M.C. : ET/II/156, 8 novembre 1637 

  16. A.N., M.C., ET/VI/459, 16 août 1639. 

  17. A.N., M.C., ET/XLVI/19, mariage du 2 décembre 1640. 

  18. A.N., Z1j/268,  visite et estimation des maisons de la succession ELLE du 28 mai 1649. 

  19. Religion Prétendue Réformée c’est-à-dire protestant 

  20. Les propriétaires de la maison qui occupait l’emplacement du 20 rue Mazarine était Aagé Cattier et sa femme Louise Dallemagne. Pierre, le frère de Louis Elle épousera quelques années plus tard Anne Cattier, vraisemblablement parente de Aagé. 

  21. Mariée en 1637, décédée en 1677 à 55 ans : elle avait donc 15 ans lors de son mariage 

  22. A.N. ; M.C. ; XLV/288, inventaire des biens de Louis Ferdinand-Elle commencé le 10 janvier 1690 

  23. Les Loges sont dans la paroisse de Pirmil dans la Sarthe 

  24. Anne, Jeanne et Jacqueline étaient filles, Jean-Baptiste était receveur des gabelles à Boutteville près de Cognac , Marie-Suzanne était veuve de Jacques Dugoust, écuyer, baron de Bouzet et gouverneur du fort de Lapré en l’île de Ré. Quant à Gabrielle-Suzanne elle était veuve de Jean Baptiste Gallon, seigneur de Villeneuve. Charlotte-Ester Barbot, elle, avait épousé Pierre du Pontou, éuyer et capitaine d’infanterie. 

  25. A.N. ; M.C. ; CXXII/782, inventaire des biens de jean Gromaire commencé le 26 août 1750 et  CXVII/783 partage du 19 septembre 1750 

  26. Histoire des Girondins et des massacres de septembre Tome 2 page 201 par M. Granier de Cassagnac Paris 1860 

  27.   M. Grousteau décéda le 6/08/1874 et  Mad. Grousteau le 26/05/1875. 

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