Le 47 rue de Seine, la maison des peintres

Le 47 rue de Seine

En flânant rue de Seine et en arrivant au coin de la rue Jacques Callot, on peut contempler un petit immeuble dont la façade sur la rue est en pierre de taille qui fut vraisemblablement reconstruite sous la monarchie de Juillet. Deux figurines, l’une d’un homme et l’autre d’une femme, en surgissent à la hauteur du second étage. Elles se regardent et semblent nous défier de trouver qui elles cachent. Sont-ce des descendants de la fameuse famille de peintres du nom de Elle dit Ferdinand qui en ont été propriétaires pendant plusieurs générations ?  Ou des anonymes ?

Sa façade sur la rue de Seine fut tronquée lors du percement de la rue Jacques Callot 

Tant de personnes se sont succédées au cours des siècles depuis 1540 : procureur au Parlement, avocat, apothicaires, peintre, encore et toujours des peintres puisque les derniers connus furent Desbrosses et Chintreuil 

1531-1543- Gilles Le Maistre

Vers 1530, l’abbé de Saint-Germain-des-Prés décida de lotir et bailler à cens (c-à-d moyennant une redevance foncière) et rente la terres comprise entre le 53 de la rue de Seine et les quais.

La candidature d’un certain Gilles Le Maistre remporta les suffrages de l’abbé parce qu’il avait une excellente réputation. Marié depuis 1525 à Marie Sapin, fille d’un receveur général des finances en Languedoc, il avait cinq enfants et était à cette époque simple conseiller au Parlement mais était promis à un brillant avenir puisque François Ier le fit son avocat général en 1540. Dix ans après Henri II le pourvut de l’office de quatrième président puis en 1551 de premier président. Sa réputation de bon catholique, en ces temps où la Réforme progressait, fut aussi un excellent atout aux yeux de l’abbé de Saint-Germain-des-Prés. 

L’achat fut donc conclu entre l’abbaye et Gilles Le Maistre moyennant une redevance annuelle de 4 sols parisis de cens.

Cependant quand il constata que sur ses 5 arpents et un quartier de terre, le cardinal de Tournon, abbé de Saint-Germain avait fait élargir à son détriment le chemin des fossés de la ville[1], qu’il avait aussi baillé une portion de sa terre à un certain Nicolas Grandval, il fut très en colère et porta l’affaire aux Requêtes du Palais où il obtint une juste compensation. Le cardinal finit par lui donner, à regret, un arpent et demi de terrain en bordure de la rue de Seine et le long du petit Pré aux Clercs, c’est-à-dire du côté ouest de la rue. L’accord fut signé le 25 septembre 1538 devant les notaires Bastonneau et Maupéou[2].

L’affaire enfin réglée, Gilles Le Maistre se mit à l’ouvrage, un ouvrage très fructueux puisqu’il lotit son terrain en bandes parallèles et les bailla à des particuliers moyennant rente annuelle et perpétuelle. Celle qui nous intéresse fut baillée à rente par Gilles Le Maistre à Me Claude André, procureur en Parlement. Le contrat fut signé le premier août 1541 devant Me Bastonneau et Maupéou, notaires habituels du  futur premier président.

 1541-1579 . La famille André

La pièce de terre baillée par Gilles Le Maistre s’étendait sur 8 toises de large et 32 toises et demie de long 1 et occupait alors les emplacements des actuels 47 et 49 rue de Seine. Me Claude André devait verser à Gilles Le Maistre une rente foncière de 12 livres 10 sols dont la moitié en était rachetable et l’autre moitié annuelle et perpétuelle. Le preneur s’engageait à clore de murailles le terrain, y bâtir une maison « manable» (habitable) dans les deux ans. En cas de non-paiement pendant deux ans, Gilles Le Maistre reprenait son bien sans autre forme de procès. Il devait en outre payer à l’abbé de Saint-Germain-des-Prés le cens. Il ne pouvait renoncer à son bail d’héritages tant qu’il n’avait pas bâti et racheté la moitié de la rente. On le voit, les conditions étaient très sévères

Sept mois plus tard, Claude André commandait à Jean Tessus, maçon, les murailles exigées. Elles étaient fort hautes puisqu’elles mesuraient 9 pieds de hauteur sur une vingtaine de pouces d’épaisseur 2, en moellons maçonnés. Un voisin venait de s’installer à gauche et avait fait construire un jeu de paume. Il s’agissait de Jean Lescailler. L’autre côté n’était pas encore baillé. 

En 1557,

il loua la maison qu’il avait fait construire à Nicole Mallot qui était avocat au Parlement pour 120 livres par an, ce qui était peu3. Les lieux contenaient maison, jardin, aisances et appartenances. Il était convenu entre les parties que si Claude André était délogé de l’hôtel de Nesle qu’il habitait encore avec sa famille, le preneur serait tenu « de vuider » la maison. 

Claude André était marié à Marguerite Marteau dont il avait eu Claude le jeune en 1540, Jean en 1545, Louis en 1547, Marie en 1549, Philippe en 1551 et enfin François en 1552. Hélas, alors qu’ils habitaient encore l’hôtel du Grand Nesle, il perdit sa femme le 4 février 1555. Sa nombreuse famille dont l’aîné avait 15 ans et le plus jeune 3 ans nécessitait des soins attentifs. Il se remaria sans attendre avec Catherine Charmolue qui était veuve.

Claude André était un homme très riche comme en témoigne l’inventaire qui fut fait après son décès qui indique qu’il avait plusieurs serviteurs et chambrières, une argenterie fort conséquente, de nombreux  biens à Aulnay, Châtenay, Monfort, de nombreuses rentes et créances. Il mourut le 7 mars 1567 en son hôtel de la rue de Seine. Le 13 mars, Me Lamyral procéda à l’inventaire de ses biens  et le 16 avril, il fut procédé au partage des biens de cet homme riche par le commissaire Régnier. Curieusement, ce dernier partagea en deux la maison et ses appartenances dans le sens de longueur, ce qui donna deux bandes de terrain longues et fort étroites (7 à 8 mètres de façade sur la rue).

Les deux lots s’étendaient jusqu’au chemin des buttes, le premier lot contenait la maison de droite (l’actuel 49 rue de Seine) et le second était à l’emplacement du 47 de la rue, il contenait un corps d’hôtel à égouts sur la rue et sur la cour avec au rez-de-chaussée une grande porte d’entrée suivie d’une allée et au premier chambres et études. Puis venait la cour avec une galerie et des « retraits » dont la fosse était sous le premier lot, un bucher, une étable. Par contre, la cuisine faisait partie du premier lot. Derrière l’étable, un grand jardin avec une treille était clos de murs. Les choses, on le voit, n’avaient pas été faite dans la simplicité ! Ce second échut à Loys André qui prenait l’engagement de faire à frais communs avec le premier lot un mur de séparation de 9 pieds de haut qui devait partir du mur séparant la cuisine du premier du second lot, longer la galerie et aller jusqu’au bout du jardin, du côté du fossé.

Ce lot échut à Loys André qui le revendit à Claude André, son frère le 27 novembre 1570 pour 50 écus soleil de rente. 

Neuf ans plus tard, Claude André revendit la maison à un certain Jean de Saint-Germain. Alors qu’ils étaient en pourparlers pour la vente, une attaque eut lieu près de la porte de Buci : un gentilhomme du Berri nommé Beaupré se disant  offensé par le sieur d’Aumont arriva à cheval avec cinq  compères et assaillit le seigneur d’Aumont qui était en carrosse avec le seigneur de Bouchemont, la maréchale de Retz et madame de La Bourdaisière. Au grand émoi des spectateurs , le sieur d’Aumont fut sévèrement touché au bras. Quant au sieur de Bouchemont, il fut tué d’une balle en pleine tête.

1579-1624 . La famille Saint-Germain 

Jean de Saint-Germain était maître apothicaire-épicier 4. Ses remèdes étaient appréciés des plus grands puisqu’il comptait dans sa pratique le duc de Montpensier, M. de Barbançon, Françoise de La Rochefoucault, marquise d’Espinay, la famille Spifame, vraisemblabement Pierre de L’Estoile qui le cite à plusieurs reprises dans ses Mémoires-Journaux. 

Après avoir passé quatre années d’apprentissage complétées par six années de compagnonnage et subi, rue des Lombards, ses examens d’accession à la maîtrise, il épousa Catherine Berrier dont il eut au moins sept enfants. L’aîné, Jean, devint aussi apothicaire-épicier, le second Pierre embrassa la professsion de médecin et s’installe à Saint-Jean-d’Angély, un autre garçon mourut jeune dans des tragiques circonstances comme on le verra plus loin. Marie et Clémence qui épousèrent respectivement Marc Le Tellier et Jean Pijault en 1573 et en 1579, tous deux procureurs en Parlement, Philippe unie à Nicolas Gillot, marchand drapier et enfin Jeanne mariée à Jacques Sauvat qui était valet de chambre du roi et tenait la poste pour Sa Majesté en la ville de Paris.

Jean de Saint-Germain était un homme riche qui savait mener ses affaires. Il s’installa rue Saint-André-des-Arts en la maison du Cheval Rouge qui contenait deux corps d’hôtel avec cour entre deux. Elle était située sur la paroissse Saint-Séverin, c’est-à-dire dans la partie récemment démolie, aujourd’hui place Saint-Michel. Il l’avait achetée en 1572, année du massacre de la Saint-Barthélémy, pour moitié à la veuve de Me Ségur, président au Châtelet et à Antoine Barbier pour l’autre moitié, le tout pour une somme d’environ 10 000L qu’il versa sous forme de rente. 

L’année suivante fut celle de son mariage avec Catherinr de Vivrier.

En septembre 1579, alors que le faubourg Saint-Marcel était envahi par les eaux de la Bièvre qui se transforma en torrent abattant les murs, moulins et maisons à la grande frayeurs des Parisiens venus voir les dégats et que le maréchal de Montmorency se mourrait d’une attaque d’apoplexie, Jean de Saint-Germain maria sa fille Clémence à Jean Pijault, procureur en la cour de Parlement. En faveur de cette union, il leur versa la somme de 1000 écus sol. 

Alors que le 15 juillet 1585, le roi révoquait les édits de pacification faits avec les Huguenots et que ces derniers devaient se convertir sous peine de biens saisis et de bannissement, Jean de Saint Germain maria sa fille à Jaques Sauvat, valet de chambre du roi et maître de la poste à Paris à qui il fut donné très généreusement 2666 écus 2/3 d’écus. Elle fut très vite veuve mais eut tout de même une fille, Madeleine. Elle épousa en secondes noces Jacques de Bourges qui était avocat au Parlement mais qui lui-même décéda le 9 juillet 1612. Très amie avec le cardinal de Richelieu, ils s’écrivaient très souvent, au moins à partir de 1609. Dans ses lettres, le cardinal se préoccupe du mariage d’une certaine Madeleine. C’était sa fille qui épousa Jean de Fenis et décéda le 20 décembre 1666 âgée de 78 ans. Elle était donc née en 1586. Ils furent tous enterrés au couvent des Chartreux5.

Le débur de l’année 1587 fut marqué par un froid particulièrement glacial qui se prolongea jusqu’en mai. Les vignes de notre apothicaire gelèrent, mais cela ne l’empêcha pas d’agrandir ses possessions à Sèvres en achetant 75 perches de terre et une masure pour un total de 300 L environ. 

Le jour de la Toussaint 1589, le roi qui assiégeait Paris eut envie de contempler sa Ville. Il monta au clocher de Saint-Germain-des-Prés avec un moine et en redescendit sans rien dire car il lui était venu à son souvenir le moine Clement. Le lendemain, les Parisiens et en particulier ceux du quartier de la porte Saint-Germain furent en émoi à cause d’un pétard accroché à la porte mais il ne fit pas feu et le lendemain Henri IV abandonna le siège. 

Le 27 juillet 1590, Jean de Saint-Germain était dans son apothicairerie lorsqu’un boulet y entra importunément de la part du roi et blessa à la jambe M. de Gland, beau-frère de Pierre de L’Estoile. Ce boulet, tiré par les troupes de Henri IV qui assiégeaient et affamaient Paris ne fit pas grand dégat et il en guérit.

Le 1er  avril 1591, un fils de Jean de Saint-Germain dont nous ne connaissons pas le prénom était allé voir les troupes napolitaines qui défilaient. Il fut atteint d’une balle de fusil du parti des Ligueurs  et en perdit la vie, au grand desespoir de tous. 

Le quartier Saint-André-des-Arts était tenu en bride par le curé de la paroisse du même nom qui était un véritable enragé. Il prêchait le meurtre et avait concouru à dresser la liste rouge que les Seize avaient dressé. Jean de Saint-Germain apprit qu’il y figurait en tant que « Politique ». À côté de son nom, était tracé un D qui voulait dire dagué. En effet, tous ceux de la liste étaient distingués par trois lettres : P.D.B. qui voulaient dire Pendu, Dagué, Banni. Dieu merci, les commanditaires de ces crimes ne trouvèrent personne pour les exécuter. 

L’atmosphère changea complétement en 1593. Il y eut une réaction contre les Seize qui furent conspués et honni. On raconte qu’un bourgeois tua sa seizième poule, un autre demanda à un marchand de chandelles celle qu’il voudra pourvu qu’elle ne fut pas des seize.

Jean de Saint-Germain mourut en juillet 1597. Me Bontemps fut requis pour faire l’inventaire qui montra qu’il était très riche. Pas autant que le laissait entendre Pierre de L’Estoile mais tout de même une fortune confortable :

Ils procédèrent entre eux au partage des immeubles et des rentes et les firent acter par Me Bontemps qui pour cela se rendit dans la maison de la rue de Seine où habitaient Jean Pijault et sa femme. Chaque part se montait à un peu plus de 3100 écus. Mais n’étaient point compté les créances, les ustensiles dapoyhicairerie, les épèces….

La maison qui nous occupe fit partie de 5e lot pour une prisée de 1500 écus. C’est Jean de Saint-Germain, l’apothicaire,  qui l’eut dans son lot.

Il avait épousé Marie de Roussillon en 1589 qui était alors veuve d’un apothicaire nommé Sainte-Beuve et fut nommé tuteur des enfants Jacques et Pierre. Il avait alors 25 ans. Ils eurent ensemble plusieurs enfants : Charlotte qui épousa Pantaléon Cornuat, marchand drapier en ….. ; Marguerite, femme de Charles Le Prestre, greffier au baillage de Saint-Germain-des-Prés puis après son décès femme de Jean Naudin,  et un fils Jehan, mineur en 1612 qui sera commis aux finances. 

Jean II de Saint-Germain sut, aussi bien que son père, gérer ses affaires puisqu’au décès de sa femme on trouva un cahier où il avait noté les dettes de sa pratique. Pour la seule année 1612, les malades devaient pour plus de 30 000 L de potions et médicaments !

Ils marièrent leur fille Charlotte en décembre 1607 avec un marchand drapier du nom de Pantaléon Cornuat et reçurent 6 000L en faveur deu mariage. Leur seconde fille, Marguerite, s’unit à Me Charles Le Prestre en 1609 avec 9 000L de dot. Malheureusement Marguerite perdit très vite ce mari qui lui donna tout de même une fille qu’ils prénomèrent Marthe. 

Vraisemblablement, Marie de Roussillon se sentait bien malade en 1608 et fit appel au notaire Bontemps pour faire son testament. Il vint rue Saint-André-des-Arts et la trouva au lit malade. Elle recommanda son âme à Dieu et invoqua la Vierge Marie et tous ses saints. Elle demanda à être enterrée près de son beau-père en l’église des Augustins, nomma son mari comme exécuteur testamentaire. 

Elle mourut en janvier 1609 et fut inhumé comme elle l’avait demandé, inhumé aux Grands-Augustins le 12 de ce mois. Son mari la suivit de peu dans le tombeau des Grands-Augustins puisqu’il rendit l’âme le   1612. Ils eurent trois héritiers : un fils, Jean mineur à l’époque, Jacques qui avait pris la succession de son père, Charlotte, déjà veuve de Pantaléon Cornuat et Marguerite, veuve de Charles Le Prestre. 

Un partage suivit (dont nous n’avons pas retrouvé les minutes) qui attribua à Charlotte de Saint-Germain la maison de la rue de Seine. Celle-ci la vendit le 6 novembre 1624 à un peintre flamand du nom de Ferdinand Elle. 

1624-

1624- 1720 . Une famille de grands peintres : la famille ELLE

Ferdinand Elle ou Van Heelen était un peintre flamand qui serait né à Malines vers 15806.

On peut penser qu’il n’arriva pas seul à Paris puiqu’il existe aux Archives Naionales un inventaire après décès d’un autre peintre flamand du nom Charles Helle qui habitait près la porte de Bussy donc à proximité de la rue de Seine. 

 Ferdinand Elle était huguenot, c’est sans doute la raison pour laquelle il choisit de s’installer à Saint-Germain-des-Prés, rue de Seine, tout  près de la rue des Marais  7 qu’on appelait la Petite Genève. De ses premières années en France, on sait peu de choses.  Cependant, il est certain qu’il arriva à Paris avant 1602 puisque le 26 novembre de cette année-là, il assista à la signature du contrat de mariage 8 entre Daniel Daubry, écuyer, qui était alors logé rue de Seine, dans la maison à l’enseigne du Heaume, et Anne de Bellot. 

Ferdinand Elle avait une double attirance, pour la peinture et pour les femmes. La première lui valut succès et notoriété, comme on le verra plus loin. La seconde lui causa les désagréments d’un procès. Voici en quelques mots l’affaire. En 1607, une certaine Isabelle Guérard déposa une plainte auprès du bailli de Saint-Germain-des-Prés. Il s’ensuivit un procès qui, au bonheur de notre peintre, tourna court. La damoiselle n’avait sans doute pas bonne réputation ou la paternité du trop impétueux peintre était peut-être douteuse puisque l’affaire se conclut devant notaire par un compromis qui n’accordait rien à la génitrice : elle renonçait à toute poursuite et s’engageait à élever seule l’enfant9.

Ce fut sans doute un an après qu’il prit pour femme Marie Ferdinand car leur premier enfant, Salomon, naquit le 5 mai 1609

Beaucoup d’autres enfants suivirent Salomon : Louis né le 19 juillet 1612, année où il eut pour élève Nicolas Poussin, puis Marie dont on ne connait pas la date exacte de naissance. Il y eut Suzanne, baptisée le 20 janvier 1616 qui eut pour parrain Gédéon Tallemant et pour marraine Suzanne de Laval, Catherine dont on parlera plus loin, Pierre né le 20 mars 1617 dont le parrain fut Pierre Naudin, et la marraine madame Aersens, et enfin un dernier fils présenté au baptême le 2 décembre 1618 par Jacques de Mornay et madame Falaiseau alors veuve de Verdavaine 10 mais qui dut mourir jeune. 

À la  naisssance de son aîné, il avait déjà acquis une certaine notoriété et l’Hôtel de Ville  lui commanda un tableau où devaient figurer ensemble prévôt des marchands et échevins, procureurs du roi et greffiers de la ville. L’ œuvre terminée, il reçut 400 livres tournois le 12 août 160911.  Tallemant des Réaux nous raconte à son sujet ceci  12 : à l’automne de sa vie, Henri IV connut la toute jeune et séduisante Mademoiselle de Montmorency. Il en tomba fort amoureux et lui fit épouser Henri de Bourbon-Condé, comptant que la réputation du prince « d’homme à homme » lui laisserait le champ libre. Il fit faire en cachette le portrait de sa belle par Ferdinand Elle et l’envoya chercher par son ami Bassompierre. L’oeuvre était encore si fraiche que ce dernier le fit frotter de beurre frais pour l’enrouler, ceci afin qu’on ne le vit pas, et l’emporta vite. Quelques années après, la princesse, croyant que le peintre avait oublié cela, lui demanda un jour quel portrait de tous ceux qu’il avait fait était le plus beau. « C’est, dit-il, un qu’il avait fallu frotter de beurre frais ». Ne doutons point que cette belle réponse fit rougir la princesse.

Nous n’avons pas beaucoup de reneignements sur les différents logis du peintre et de sa famille. Nous savons seulement que Pierre Sainfray, maître paumier qui possédait une maison et un jeu de paume à l’emplacement du 57 rue de Seine, lui fit un bail à loyer[4] en 1614. Cependant le 6 novembre 1624 fut un jour capital pour lui qui se présenta devant les notaires Ogier et de Beauvais pour acquérir la maison du 47 rue de Seine. 

C’était alors une construction modeste composée d’un corps d’hôtel sur la rue avec cave, cuisine, salle, chambre haute, garde-robe, cabinets et grenier au-dessus. Un second édifice se trouvait derrière avec étable, cabinet, chambre et grenier au-dessus. La cour qui séparait les deux bâtiments avait un puits et un petit appentis servait de cuisine. L’escalier était hors d’œuvre et servait à aller au premier étage des deux corps d’hôtel. Un jardin clos de mur  avec une treille se trouvait derrière comme au temps de Claude André.  Le tout était loué par le sieur Jean Naudin, maître chirurgien. Quels arrangements, Ferdinand Elle trouva-t-il avec le chirurgien pour s’installer dans la maison, nous n’avons pu le déterminer, cependant quand il versa en octobre 1625 les 10 800 livres à Charlotte de Saint-Germain pour son acquisition plus 619 livres pour les intérêts, il semblait bien habiter dans la maison.

Le 18 août 1627, un drame éclata dans la famille du peintre : sa fille Catherine s’était laissé conter fleurette par un de ses élèves du nom de Jean Caspin. Elle était enceinte de ses oeuvres. Horrifié, le malheureux père alla porter une supplique au bailli de Saint-Germain-des-Prés afin de faire enfermer l’auteur de ce forfait qui méritait, disait-il, « une punition extraordinaire, même le dernier supplice ». Ce dernier reconnut tous les faits y compris celui « d’avoir eu la compagnie charnelle » de Catherine. Reprenant ses esprits, Ferdinand Elle demanda qu’on élargisse le prisonnier afin de « solempniser » le mariage le jour même. Voici donc Jean Caspin qui partit en compagnie d’un sergent jusqu’à Charenton afin de prendre pour épouse devant le ministre de l’église réformée la fille de la maison. Cependant prompt à prendre ses décisions, Ferdinand Elle était peu rancunier : le 21 août suivant , le traité de mariage fut  signé devant Perlin[5]. Il stipulait que les jeunes époux recevraient 1600 livres, 400 livres en deniers comptants, 400 livres pour la nourriture et le logement de la famille et 800 livres sous la forme de 50 livres de rente annuelle et perpétuelle.

Bizarement, moins de 3 ans après, Jean Caspin devint Jean Cassiopin dans les actes notariés. Le bailli de Saint-Germain avait-il mal entendu le nom ? Jean Cassiopin a-t-il voulu effacer toute trace de sa faute ? Ce charmant forfait ne porta pas, à notre connaissance, ses fruits : nous n’avons trouvé nulle trace d’enfant né au début de l’année 1625 , leur premier enfant, figurant dans les registres du temple de Charenton, est né en 1635.

En 1628, le locataire de la maison du nom de Naudin avait « déguerpi », la famille de Ferdinand Elle put prendre possession des lieux. 

L’année 1630 fut celle du mariage Marie, fille de la maison,  avec Pierre Barbot, sieur du Jard, un protestant natif de La Rochelle et secrétaire de Pierre Bizet, seigneur de La Barouère[6],  conseiller en la cour du Parlement chez qui d’ailleurs habitait le futur époux,  rue Gilles Le Cœur. Le contrat fut signé le 22 janvier 1630 devant Me Perlin chez Ferdinand Elle et réunissait du côté du futur Pierre Bizet et sa femme et du côté de la future de son frère Louis et son beau-frère Jean Caspin qui avait donc gardé son nom et un ami joallier. L’acte stipulait que Ferdinand Elle verserait une dot équivalente à celle de sa sœur Catherine, c’est-à-dir 1600 livres. De son côté le futur douait sa fiancée d’une rente de 100 livres. Le mariage fut célébré au temple de Charenton en février de la même année.

Nous ne savons pas grand chose des années qui suivirent  jusqu’à la mort du peintre qui arriva vraisembleblement en 1637. Nous avons cependant pu apprendre que c’est à Michel van Lochem que Ferdinand Elle s’adressait pour faire graver ses portraits. Ce dernier habitait avec son frère rue Saint Jacques, à la Rose Blanche.

Selon M. Le Roux de Lincy, Ferdinand Elle mourut en ayant le titre de peintre ordinaire du roi et la charge de valet de chambre de Sa Majesté. Nous n’avons plus grand chose de ses œuvres. Il reste cependant un portrait de Henri IV qui d’après le costume, date des environs de 1600 ; un portrait d’Auguste de Thou gravé par Jean Morin qui le date de 1617, un portrait d’Anne d’Autriche et un du comte de Soissons qui furent gravés par Charles David ainsi que celui du chirurgien Jacques de Marques, éxécuté en 1616 , un Antoine de Loménie peint en 1622 (d’après la lettre de gravure de Michel Lasne exécutée en 1637, plus une Ste Jeanne de Chantal (vers 1610-1622).

Devenue veuve, Marie Ferdinand prit le destin de sa famille en main. Pour augmenter ses revenus, maintenant qu’elle n’avait plus son mari pour subvenir à ses besoins, elle entreprit avec ses enfants majeurs, de faire récupérer en Hollande[7] les intérêts d’une somme qui avaient été confiée Antoine Goeteris, premier huissier du haut conseil des Etats de Hollande.

Sa seconde action fut de distribuer une partie de la succession à ses enfants. À sa fille Marie et à son gendre Pierre Barbot, elle donna 5400 livres à valoir sur la part de la succession de son défunt mari. À sa fille Catherine et à son gendre Jean Cassiopin (qui était devenu maître peintre) elle leur attribua 6200 livres (5400 livres comme à sa sœur et 800 livres pour le rachat de la rente de 50 livres  qui leur avaient été octroyés lors de leur contrat de mariage).

Elle fit aussi construire un corps d’hôtel du côté du fossé entre les portes de Bussy et de Nesle sur ce qui était jusqu’alors un jardin, derrière la maison que ses enfants et elle occupaient rue de Seine. 

Le bâtiment était double en profondeur et de deux travées en longueur. On y entrait par une porte cochère qui s’ouvrait sur un large passage qui pouvait servir de remise de carosse. Au bout de l’allée, un escalier dans œuvre desservait la construction qui comportait quatre étages dont un en galetas, au haut duquel était un donjon couvert d’ardoise construit au-dessus de la couverture qui, elle, était en tuile. On arrivait ensuite dans une cour avec un puits avec au fond un petit édifice qui servait d’écurie. Afin de compléter la construction, Marie Fredinand avait fait élever dans la cour un bâtiment en aile de trois travées de long et de trois étages, plus un grenier. Il y avait une cave sous le corps de logis de devant et une autre sous l’écurie. 


[1] Marie Falaiseau, veuve de Verdavaine,  possédait une maison sur la rive ouest de la rue de Seine qu’elle a vendu en 1624 (A.N. :, S3061)

[2] A.N. , M.C., Legay 19 août 1609

[3] Les Historietes de Tallement des Réaux » par MM. De Monmerqué et Paulin . Tome Ier

[4] A.N., M.C., ET/XXXV/191 : Bail par Pierre Sainfray à Ferdinand Elle du 15 janvier 1614. Document malheureusement incommunicable.

[5] A.N. , M.C. , CV/576

[6] Tallemant raconte à son sujet qu’il acheta son office de conseiller au Parlement et qu’en secondes noces il épousa la veuve du lieutenant criminel L’Allemand du nom de Grisson. Craignant qu’il fasse une sottise pendant la Fronde, elle l’emmena dans ses terres de Touraine. Il en revint avec la goutte et un jour il suivit les conseils d’un sergent  pour un emplâtre pour la goutte mais négligea de se purifier avac un sirop. La goutte s’étrangla et il en mourut.  

[7] M.C. : ET/VI/239,  25/08/1637


  1.  16m sur 63m environ soit 1000M2 

  2. Soit environ 2m50 de hauteur et 50cm d’épaisseur  

  3. M.C. : VIII/227, bail du 20 mars 1557 

  4. Les épiciers, au sens actuel du terme, vendaient des épices alimentaires tandis que les apothicaires-épiciers utilisaient des épices médicinales qui devenaient des drogues. 

  5.  Épitaphier du vieux Paris Tome 3 

  6. Selon la Gazette des Beaux-Arts d’octobre 1954. 

  7. Aujourd’hui rue Visconti 

  8. A.N.  Y140, f°374 

  9. A.N., M.C. ET/XLIX/195 , 29/01/1607 

  10. Marie Falaiseau, veuve de Verdavaine,  possédait une maison sur la rive ouest de la rue de Seine qu’elle a vendu en 1624 (A.N. :, S3061 

  11.  A.N. , M.C., Legay 19 août 1609 

  12. Les Historietes de Tallement des Réaux » par MM. De Monmerqué et Paulin . Tome Ier 

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