Le 53 rue de Seine

Au temps de Gilles Le Maistre

C’est le 26 juillet 1543 que Gilles Le Maistre qui n’était alors qu’un simple mais prometteur  avocat du roi au Parlement de Paris vendit une pièce de terre de 18 toises de long sur 9 toises 2 pieds de large située le long de la rue de Seine. L’acheteur était un certain Léon de Marzelay qui exerçait aussi une fonction au Parlement où il était procureur. Certes sa charge était moins glorieuse que celle de Gilles Le Maistre et moins rémunératrice mais elle était fort honorable et, comme on le verra plus loin, il avait quelques biens.

Léon de Marzelay

Léon de Marzelay s’engageait à clore de murailles sa pièce de terre et à y construire une maison dans les deux ans en y consacrant au moins 200 livres. Son acquisition était faite moyennant 24 livres 9 sols tournois de rente annuelle et perpétuelle qu’il devait verser à l’acquéreur aux quatre termes de l’an en usage à Paris. Prudent, Gilles Le Maistre donnait comme condition à la vente que son acheteur entretienne si bien sa maison qu’en cas de défaillance de paiement, le vendeur puisse les puiser sur les loyers et d’ailleurs au bout du compte reprendre son bien sas sommation et sans autre forme de procès. 

Léon de Marzelay avait épousé Anne  du Maignon dont la sœur, Jeanne du Maignon, était marié à Nicolas Baroy, sieur de Boissy, bailli de Mantes et Meulan, grand prévôt de la connétablie et maréchaussée de France. Lorsqu’en 15511

 Léon de Marzelay constitua avec son beau-frère  une rente au curé de Javennies qui était aussi chanoine et chantre de l’église Saint-Honoré à Paris, il donna comme garantie la maison de la rue de Seine, une autre maison rue de Seine qui était située juste en face, 3 arpents de vigne au terroir de Montmartre, une maison, terre et seigneurie appelée La Bastière près de Parthenay en Poitou. Son beau-frère d’ailleurs n’avait rien à lui envier puisqu’il possédait une maison rue des Petits Champs, la seigneurie de Boissy qui lui rapportait la coquette somme de 500L chaque année.

Suivant la promesse qu’il avait faite en signant le contrat de vente, Léon de Marzelay avait fait construire de neuf la maison qui était constituée de deux corps d’hôtel, une cour  et un jardin. Entre-temps Gilles Le Maistre avait vendu le terrain qui était à gauche à Jean Milles2, « premier président des païs de Genevoys et Foucigny ». Celle de droite était au libraire Roffet3 dit le Faucheur, par derrière se trouvait les jardins de Marin Prevost, trésorier payeur de la compagnie du maréchal de Brissac. Il habitait en cette maison et avait loué celle d’en face

Six années plus tard, nous retrouvons Léon de Marzelay pour le mariage de sa fille Anne avec Jean de Villars qui était avocat en la cour de Parlement4. Il était alors veuf et père de quatre enfants et celle qu’il mariait était encore mineure. Pour la signature du contrat, il avait rassemblé Anne de Fontenay, la grand-mère maternelle de la future épouse, veuve de Jacques du Maignon, procureur au parlement, Mathieu et Jérôme de Fontenay, tous deux avocats au Parlement. Nous ne nous éloignons guère de cette cour !

Il donnait à sa fille, en avance d’hoirie, la maison de la rue de Seine en face de celle qui nous occupe. Selon la description qui en était faite, cette maison « tenoit d’une part à Nicolas Lebrun, maire de Meudon, d’autre part en poincte à ladicte rue de Seine, d’un bout à la rue tendant de la rue de Seyne à l’abbaye » (donc l’actuelle rue de l’Échaudé). Il octroyait aux futurs époux une somme de 1200 livres, plus la nourriture et le logement en sa maison et non ailleurs, précisait-il, une chambre et la nourrice pour les futurs enfants pendant deux ans, plus les ustensiles de ménage. Il promettait en outre de lui fournir les meilleures robes, collets, cottes, chaperons pour bien la vêtir selon son état et au goût de son futur mari. Il prenait an charge tous les frais de la noce, estimés à 600 livres. 

Nous laisserons là Léon de Marzelay dont nous ne retrouverons la mention des héritiers qu’en 1595.


Martin Lecourt

Nous retrouvons en effet la maison en 1595, grâce au terrier de Saint-Germain-des-Prés. Il nous apprend qu’au lieu des héritiers de M de Villars, gendre de Léon de Marzelay, son propriétaire est maintenant Me Pierre Lecourt, procureur au Parlement. 

Pierre Lecourt avait pour épouse Madeleine Voisin dont il eut au moins deux enfants : Isaac l’aîné, né à la fin de l’année 1593 et Pierre en 1597. Nous ne savons pas quand Pierre Lecourt mourut mais ce fut probablement fin 1606 ou début 1607 puisque Madeleine Voisin se remaria à Robert Estienne, un fils du fameux imprimeur. Il était à la fois interprète du roi en  langue grecque et latine, secrétaire de sa chambre et avocat en Parlement. Il signa avec Madeleine Voisin un contrat de mariage auquel il avait invité Isaac Casaubon qui était garde des bibliothèques du roi, Guillaume Canto, trésorier général en la généralité de Limoge, un cousin, plusieurs autres cousins avocats ou procureurs en la cour de Parlement et l’imprimeur Jean Jalon. Il stipula qu’il n’assurerait pas l’administration des biens des mineurs mais qu’il consentait que si les revenus de la mère ne suffisait pas, le surplus serait pris sur les biens de la communauté jusqu’à l’âge de 18 ans.

Lors de son mariage, Madeleine Voisin quitta sa maison de la rue de Seine pour s’installer avec ses enfants du premier lit rue Saint Jean de Beauvais où Robert Estienne habitait. Ce dernier mourut 7 ans plus tard et Madeleine Voisin fut à nouveau veuve et se réinstalla rue de Seine. 

La famille Leroy

Le cueilleret de 1623 nous indique que la maison a trouvé un nouveau propriétaire. Il s’agit de Pierre Leroy qui l’avait en effet achetée par sentence de décret du Parlement faite sur Me Martin Lecourt le 23 juin 1629. Il était maître boulanger. Marié à Marie Lavoyne, ils eurent deux filles. L’une Geneviève épousa Jean-Baptiste Guérin qui était avocat au présidial de Soissons et y habitait. L’autre, Marie, avait épousé Pierre Verdier qui était procureur en la cour du Parlement à Paris. À la mort de leurs parents, les deux sœurs héritèrent chacune la moitié de la maison de la rue de Seine. 

Geneviève Leroy, épouse du sieur Guérin eut trois enfants : Charles-Gilles Guérin qui devint chanoine à Soissons, Françoise et Madeleine Guérin. 

Marie Leroy eut de son union avec Pierre Verdier Jean-Baptiste qui devint avocat à la cour de Parlement et Pierre.

En 1697, Jean-Baptiste Verdier accompagné de son frère Pierre qui était encore étudiant et qui habitait rue de Seine vinrent déclarer la maison à l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés en leur nom et au nom de leurs cousins, les Guérin de Soissons.  

Trente-sept ans plus tard, Jean-Baptiste Verdier décéda et son frère Pierre hérita la partie qui lui appartenait et devint ainsi propriétaire pour moitié de la maison qui avait pris pour enseigne Hôtel de Nîmes. Quant à l’autre moitié, Madeleine Guérin en était propriétaire car son frère, Charles-Gilles, était décédé et sa sœur était religieuse près de Compiègne. À cette époque, les voisins de gauche étaient le comte et la comtesse de Flassans (voir le 51 rue de Seine) et de droite les sieur et dame Chandoisel (voir l’histoire du 55).

Lorsque Pierre Verdier décéda  en 1739, il laissa à sa seule cousine, Madeleine Guérin la maison qui fut estimée à 27 000 livres, compte-tenu des réparations à y faire. Elle s’empressa de vendre mais seulement au prix de 20 000 livres en deniers comptants et d’une rente viagère de 2300 livres. La vente eut lieu le 30 septembre 1740 devant maître Meny.

Le temps d’un notaire fort connu

François Bouron, écuyer et notaire du roi, était l’acheteur de la maison. Il demeurait et exerçait ses talents professionnels près du Marché Neuf depuis 1734. Il avait épousé Catherine de Beaufort. La maison présentait un corps de logis sur la rue de trois étages et un grenier au-dessus avec deux boutiques encadrant la porte cochère. Ensuite venait la cour où on trouvait deux autres bâtiments en aile aussi de trois étages et en continuation deux autres moins élevés dont celui de droite était bâti de neuf. D’autres dépendances comme des écuries et une remise de carrosses complétaient l’ensemble. La maison était louée à six particuliers dont un chirurgien, Dagonneau, et un loueur de carrosse. Elle rapportait  2 700 livres par an. 

François Bouron et sa femme Catherine de Beaufort ne gardèrent que deux ans la maison qui prit pour enseigne Hôtel Saint-Louis. Ils la vendirent5  en 1742 à Jean Louis Camber et Madeleine Labbé-Dutorar sa femme qui possédaient la maison la jouxtant par derrière sur la rue Mazarine (le n°54 actuel). Ils firent un profit indécent puisqu’ils la vendirent 60 000 livres ! 

Les Camber

Lorsque le sieur Camber prit possession de son bien, il détacha une partie du terrain à l’arrière de la maison pour l’attribuer à l’immeuble de la rue Mazarine.

Il était marié depuis 1724 à Madeleine Labbé-Dutorard qui était la fille de Jean Labbé, sieur Dutorard, ingénieur du roi. Lorsqu’il mourut en 1755, il laissa une seule héritière, sa fille Madeleine Geneviève.

Lors du partage qui suivit, la maison de la rue de Seine ainsi que celle de la rue Mazarine furent attribuées à Madeleine-Geneviève Camber.

Madeleine-Geneviève Camber épousa Alexandre Laudier-Duparcq. Le couple était riche et roulait carrosse. Un jour de janvier 1777, alors qu’il roulait rue Saint-Séverin, il heurta un homme ivre du nom de Longueil, habile peintre-graveur. Ce dernier furieux sortit son épée et en donna deux coups au malheureux cocher qui expira alors qu’on le transportait chez la marchand de vin d’où sortait Longueil. Ce dernier fut immédiatement arrêté et conduit après un long interrogatoire à la prison du Grand Châtelet. Il jouissait de la protection de l’évêque du Mans, M; de Grimaldi et du graveur du roi Cochin  et fut relâché trois semaines plus tard… Que valait la vie d’un cocher à cette époque ? Quelques jours d’enfermement ?6

N’ayant pas d’héritier direct, Madame Laudier-Duparcq, devenue âgée,  décida de faire don d’une rente de 500 livres au bureau de bienfaisance de la division des Thermes pour la fondation d’une école destinée à l’éducation des petites filles7 puis mourut en 1810 après avoir fait son testament par lequel elle institua Pierre Joseph Renard son légataire.

Le sieur Renard mourut trois ans après le veuve Camber et laissa pour héritière sa tante, Marie-Marthe Renard qui décéda le 1er juillet 1817 à l’âge de 94 ans, à Versailles, rue Royale où elle habitait en compagnie de son petit-fils, Pierre Charles Coster. Elle était veuve d’un ancien musicien du roi du nom de Etienne Gautherot.

Ils avaient eu trois filles dont l’une, Elisabeth-Nicole devint l’épouse du sieur Taskin. L’autre, Marie-Françoise, resta demoiselle. La troisième, Marie-Elisabeth-Cécile, s’unit à Claude-Charles Coster. Les héritiers décidèrent de vendre l’immeuble par adjudication le 25 décembre 1817 . L’acheteur fut un certain Azimon et sa femme.

1817-1859. Les Azimon

À cette date l’immeuble portait le n° 51 au lieu de 53. On y entrait par une porte cochère encadrée de boutiques. L’immeuble sur la rue avait trois étages et était prolongé par deux ailes à droite et à gauche avec une cour au milieu qui comportait un puits. au fond de celle-ci on trouvait des écuries et autres petites constructions. L’acheteur, Jean-François Azimon, le paya  48 700F.

A SUIVRE

Monique Etivant


  1. A.N., M.C., CXXII/1374, 24 juillet 1551, constitution de rente 

  2. Voir l’histoire du 51 rue de Seine 

  3. Voir l’histoire du 55 rue de Seine 

  4. A.N., M.C., VIII/171, acte du 3 janvier 1558 

  5. A.N. ; M.C. ; XLIV/362, vente du 12/09/1742 à Jean-Louis Camber 

  6. Mes Loisirs, S.-P. Hardy publié par Maurice Tourneux et Maurice Vitrac 

  7. Bulletin des Lois, décret impérial du 30 mai 1806 

Ce contenu a été publié dans Le 23. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *